Les auteurs lauréats d'une bourse de création en 2019

 

LILIAN BATHELOT

Lilian Bathelot

Crédit : DR

Lilian Bathelot est un écrivain qui aime toucher à tout. De cracheur de feu à professeur de philosophie, il jongle entre les domaines tant dans son travail que dans son écriture. Il a ainsi signé plusieurs romans noirs, romans de jeunesse, romans de science-fiction, nouvelles, pièces de théâtre et même un long-métrage. Chaque œuvre est différente, étant pour lui l’occasion d’expérimenter les structures et styles narratifs. Se décrivant comme un auteur contemporain, il ne se colle toutefois pas l’étiquette d’un style particulier, préférant ne pas poser de mots sur cette patte singulière que l’on sent pourtant dans chacune de ses œuvres. A ce sujet, il détourne en rigolant les propos de Victor Hugo en déclarant que « la vache ne saurait définir le lait qu’elle produit ». Une chose est certaine, c’est un lait dont on déguste le goût, un goût de vie dont sa littérature se nourrit.
Ce qui intéresse Lilian Bathelot, c’est l’humain. Il raconte les gens et leurs émotions, il puise dans les rencontres de la vie quotidienne pour redonner la parole aux « petites gens », cherchant à s’éloigner des archétypes d’une littérature bourgeoise qui n’écrit qu’à travers le filtre des cultures dominantes. Ses personnages sont tous porteurs d’une profonde humanité qui va au-delà des frontières et des époques car, pour lui, nos aspirations, émotions et sentiments restent finalement les mêmes. C’est pourquoi on retrouve dans ses écrits des préoccupations qui traversent le temps : solidarité, justice, partage, conditions des femmes et des nations premières, répression policière, tous ces thèmes se retrouvent dans son roman à paraître, Geronimo et moi. Dans ce nouvel ouvrage, on plonge dans la vie de Mathilde à travers ses carnets de bord, où la jeune fille raconte et réfléchit, consignant en un rythme stimulant ses aventures lors des Communes de Paris et, après sa fuite aux Etats-Unis, des Guerres Indiennes. Un voyage qui ne manquera pas, comme on le fait toujours dans les romans de Lilian Bathelot, de nous faire renouer avec l’humanité.

Laurie Perbost, étudiante en Lettres modernes, Université Toulouse-Jean Jaurès

RONALD CURCHOD

Ronald Curchod

Crédit : DR

Né à Lausanne en 1954, toulousain depuis 40 ans cette année, Ronald Curchod, au départ jeune dessinateur autodidacte passionné, a développé au fil du temps un art qui ne ressemble à personne d’autre, reconnaissable au premier regard, dans sa diversité même, que ce soit les portraits, le théâtre du monde, l’expression de la nature. Célèbre affichiste, primé en Chine, au Japon, au Mexique, il a aussi publié ces dernières années au Rouergue plusieurs albums dont « La nuit quand je dors » qui reçut le plus célèbre prix d’illustration en Europe (Pomme d’Or à Bratislava ). Ce qui frappe dans son œuvre, c’est sa façon de nous donner la sensation du réel (arbres, flammes, fourrures, visages paraissent à toucher du bout des doigts) et en même temps, comme un oiseau vire d’un coup d’aile, il nous plonge dans l’imaginaire, l’onirisme, l’humour de l’absurde, le surréel. Cet homme calme, fraternel possède de nombreux paysages intérieurs. On rêve d’un livre où il nous conterait la rencontre de Jérôme Bosch avec Hokusaï. Féru de poésie japonaise, il sait en peignant comment un papillon rencontre une fleur ou s’envole d’un feu. Du livre en cours, que concerne cette Bourse de création, nous ne pouvons pas encore parler, mais peut-être peut-on en divulguer juste un peu du parfum, de manière énigmatique : remonter vers l’enfance, réinventer une montagne qui y mène, poétiser les sens, la nature comme trésor et demeure de tant de secrets, de rêves soudain à découverts, puis un espace libre où une vache pourrait porter un chapeau de fleurs et ouvrir la vallée à l’imaginaire.

Carl Norac

 

ANTOINE FISHER

Antoine Fisher

Crédit : DR

Antoine Fischer est un étrange petit être des montagnes s’affairant le jour avec des tuyaux d’arrosage et di-verses outils thermiques, et la nuit à couvrir d’innombrables pages de bien davantage de petits traits à l’encre de chine et à la plume. Tous ces petits traits accollés, il en serait aujourd’hui à 18 fois la distance Terre-Mars, paraît-il.
L’espace libre laissé par une enfance passée sur la route (sa famille faisait du spectacle de rue) plutôt que sur les bancs d’école et le contact permanent avec la nature pendant les saisons creuses ont favorisé une imagina-tion féconde ainsi qu’une façon particulière, parfois déconcertante, d’appréhender les choses de la vie.
Très vite Antoine se met en tête de devenir dessinateur, ce qui l’amène aux Arts-décoratifs de Genève, seul établissement faisant alors fi de l’antécédent scolaire de ses candidats.  A 17 ans, il rencontre ainsi la ville, les squatts et les futurs co-créateurs de la maison d’édition « hécatombe ». Ces années marquent par ailleurs, sous le haut-patronage de Christian Humbert-Droz, la découverte d’une nouvelle passion : la sérigraphie.
A l’issue de ces formations artistiques et humaines, Antoine s’empresse de retourner s’entourer de ses bienveil-lantes Pyrénées pour y fonder avec l’aide de ses compères dessinateurs, en 2007, l’atelier « Sérigrafisch ».
Ce dôme de 9 mètres de diamètre abritant de grosses et moins grosses -mais toutes capricieuses- machines fait voir le jour à de nombreux objets d’édition, des premiers apéro-comix aux plus récents beaux-livres à tirage limité de la collection Gemini codex tous confectionnés de l’écriture au dernier coup de massicot sur place.
Dévoreur de récits d’explorations et de grands voyages, curieux de l’actualité, c’est donc avec un regard bien à lui qu’il invente à son tour des univers toute en finesse et en drôlerie.
Lancée par son ami Yannis La Macchia, c’est la seconde fois que la collection RVB (collection de bande dessi-née numérique) invite Antoine Fischer à venir explorer le potentiel élargi de narration permis par le médium numérique, il  trouve dans ce nouveau genre de publication le moyen de concrétiser des projets de narration discontinue en s’affranchissant de la matérialité. Après « Tribulations terriennes », version numérisée d’une fresque grandiose agrémentée de strips burlesques reprenant le thème de l’évolution, « Trituration mar-tienne » est le nouveau projet en cours. Il y est question de robots rebelles et de rapports entre l’homme et la machine dans un décors martien dévasté par la convoitise de matières premières et de terraformation.

Liên Favard, Vidéaste

 

AURELIA LASSAQUE

Aurélia Lassaque

Crédit : Raphael Lucas

Portrait en cours de rédaction.

 

GERALDINE STRINGER

Géraldine Stringer

Crédit : Nathanaël Jourdan

Entre Casablanca et l’Ile-de-France, Géraldine fait jeunesse puis monte à Paris : elle construit des nids lumineux en céramique, travaille pour Sonya Rykiel, chante en slip et moustache dans les « Violettes s’il te plaît », met une enfant au monde, court à la crèche, pleure dans les toilettes de la mode, prend ses jambes à son cou, s’installe à Marseille.
Là elle croque « A l’arrache », dessins vite faits bien faits sur la débrouille et les embrouilles. Pas loin, il y a Fos, entre mélancolie et pollution : voilà pour « Aquarelle et raffineries ». Au Panier, c’est le branle-bas de combat : « Premier quartier d’Europe, alors ça y est, y s’affolent » titre Géraldine. Dedans, le portrait carbone de Linda dit l’expulsion et la nostalgie. « Sous les mûriers d’Artaud » chope au rotring mégots et baskets, murmures de classe et phrases qui claquent.
Rebelotte, une enfant et un départ. Dans les Pyrénées Orientales, y a pas que la montagne qui est raide, la vie l’est pire : elle met deux enfants au monde, l’un en terre. Le dessin se tarit. Epicière bio, elle peint de rares saxifrages, minuscules fleurs briseuses de rocaille, et co-fonde les Saxifrages « pour briser la pensée unique ».
Puis, c’est l’aventure de l’Atelier Autonome du Livre : à deux, à plein, ça fourmille sec. Géraldine refait ses gammes aux crayons de couleur, va voir les copines isolées par la géographie et la maternité, capte le travail invisible et l’expose dans « Travaux ménagers ». Quand le monde arrive aux portes de notre village, elle l’accueille direct, travaille dans un centre pour migrant-e-s et co-fonde un collectif d’accueil. Elle fait, s’enrage, grimpe sur la montagne sacrée souffler un coup en résidence (« Poc à poc »), prend son élan et s’attaque à « Caravansérail » : comment non loin de la Rotja un homme a ouvert sa maison, et toutes et tous de pouvoir s’y arrêter, prendre des forces, voire des racines, reprendre en main ce qui a bien failli leur être pris et qui pourrait l’être encore. Alors c’est terrible et beau à la fois.

Marion Dumand