BARDET MARIE

mariebardet [at] me.com
17 rue Auber
11100 Narbonne
Activité(s)
Ecrivain
Genre(s)
Poésie, théâtre
Littérature
Animations(s)
Rencontres
Lecture
Ateliers d'écriture
Biographie :
Jusqu’à la parution d’un premier roman remarqué ("À la droite du père", sélection du Renaudot 2018), Marie Bardet se serait coupée la langue plutôt que d’avouer qu’elle est née "de" Vichy. Cette ville d’eau qui fut un fleuron du thermalisme colonial avant de devenir la cité du maréchalisme où elle a grandi lui a inoculé, outre un irrémédiable sentiment de culpabilité, une curiosité souvent irrévérencieuse qu’elle a employée pendant 20 ans dans le journalisme, principalement à Paris et Toulouse jusqu’en 2008.
Benjamine de sa promotion à l’Institut de journalisme de Bordeaux (IJBA), elle en ressort comme elle y est entrée, s’inscrit en fac pour préparer une licence d’ethnologie, se passionne pour l’observation participante selon Bronislaw Malinowski. On la retrouve dans un cortège de manifestants, un jour avec les étudiants, le lendemain comme reporter à France Télévision où elle obtient en 1987 sa carte de presse n°60584. Lâche les études, sillonne l’hexagone derrière ou devant la caméra, atterrit à Paris, reprend tout du début, par l’écriture.
D’abord fragmentaire, poétique, elle bondit vers le roman et explore la transmission, la mémoire et l’ambiguë notion d’héritage. Par son exigence littéraire, la richesse et l’exactitude des enquêtes préalables à l’élaboration proprement narrative, Marie Bardet ouvre la voie à une forme romanesque où la fiction pleinement assumée vient sonder de ses intuitions et de ses explorations nos substrats tant doctrinaux que fantasmatiques sur fond d’histoire socio-politique récente. Elle contribue à la Revue annuelle de littérature et de réflexion ouverte sur le monde Méditerranéen, "Apulée" (éditions Zulma). Marie Bardet vit à Narbonne et travaille dans l’ingénierie culturelle à Carcassonne.
Bibliographie non exhaustive :
Ceci est mon corps, revue Apulée, éd. Zulma, 2020 (revue). Mappa Mundi, Petite géographie romanesque, épique et fraternelle, éd. Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée, 2019. Via Luminosa, Apulée, éd. Zulma, 2019. À la droite du père, éd. Emmanuelle Collas, 2018 (roman). Sélection du Renaudot 2018 et finaliste du prix Senghor. Un jour, un amoureux pleurait les mains sur la figure, revue Apulée, éd. Zulma, 2017 (nouvelle). Je veux mourir à mon nom, revue Apulée, éd. Zulma, 2016 (poésie narrative). D’Amour & de Vin. Petit guide fantasmatique, romanesque, immoral et sensuel du goût du vin et de la peau des femmes, avec Vincent Pousson, éd. La Presqu'île, 2001 (nouvelles). Le suicide, éd. Les Essentiels Milan, 1995 (document).
Extrait inédit :
Les linges sur lesquels l’enfant était couchée respiraient la naphtaline. Sans doute Nona et Décima les avaient-elles tirés du fond de quelque armoire où sommeillait leur dot. Le blanc était un peu passé, on voyait dans les plis la trace indélébile de l’oubli. Sur ce fond bistre plutôt qu’immaculé, donc, reposait l’enfant métis. Elle appelait à présent, d’une voix ténue mais qui à l’évidence articulait des sons. Un murmure de frayeur parcouru l’assistance. Le poupon n’avait pas seulement une charmante frimousse et des membres plaisants à contempler, voire à pétrir, tellement ces bras et ces jambes potelés suggéraient la caresse. Une urgence frayait dans ce corps qu’on avait pris un peu vite pour celui d’une poupée. Nos tout-petits sont parfois difficiles à comprendre, mais ce sont les nôtres, nos ventres et nos seins en sont marqués, se disaient les femmes en hochant gravement la tête, tandis que cette petite, sous son voile de princesse, la comprendrons-nous jamais ? Le réel est têtu. N’y avait-il pas quelque folie à vouloir qu’une étrangère s’insère dans l’écheveau de ce qui nous tient ensemble, nous autres ? La barrière de la race, celle de la langue, à quoi s’ajoute le grand mystère de la naissance, comment les dépasser ?