VOUIN ISABELLE

34000 Montpellier
Activité(s)
Ecrivain
Genre(s)
Littérature
Biographie :
Je suis née en mars. Par contre je ne me souviens plus en quelle année.
PARS!
COURS!
Entre 4 et 8 ans, j’étais déterminée à épouser un marchand de bonbons et vivre dans une maison emplie de fraises Tagada, de nounours au chocolat et de crocodiles jaunes.
A 8 ans, je découvrais simultanément le masque de Toutankhamon, les statues de l’île de Pâques, Indiana Jones, les western et un premier amour qui vivait dans un lieu étrange: Maputo, au Mozambique. Alors je sortis de ma boutique étriquée pour m’échapper dans des rêves autrement plus vastes et mystérieux.
De 10 à 17 ans, des religieuses austères, toutes de gris vêtues, tentèrent de détruire ma fougue et d’asservir ma pensée. Durant l’été de mes 11 ans, j’eus de sérieux démélés avec leur Dieu qui venait d’emporter brutalement mon père. Leur endoctrinement n’eut plus aucune prise sur la jeune fille révoltée en quête d’idéaux bien plus réalisables que leur Paradis mérité à coup de souffrances. Je survécus malgré les colles, la cour à balayer et cette sempiternelle phrase: "Mademoiselle Vouin, vous êtes irrécupérable". Je traçais mes sillons avec deux outils redoutables: la rage de vivre et les mots.
A 17 ans, le bac en poche, je commençai une vie d’étudiante en histoire et ethnologie aux côtés d’un amoureux pianiste au volant d’une drôle de voiture bleu myosotis. Au bout de quelques années, lorsque l’amoureux "de toute ma vie" ne revint plus jamais me chercher dans sa voiture rigolote je déversai des litres de larmes et perdis quelques kilos superflus. Cela me rendit plus légère et me plaça dans la situation idéale pour rencontrer un jeune médecin rebelle et terriblement attirant.
Mais depuis Toutankhamon, Indiana Jones et l’île de Pâques, l’attrait du voyage était devenu plus fort que les fraises Tagada, les voitures rigolotes et les amoureux terriblement attirants.
Un avion prit avec moi la direction du Kenya pour me déposer, jeune professeur d’histoire géographie, au Lycée français de Nairobi. Le médecin rebelle m’y rejoignit pour m’épouser, gravir les montagnes de l’Est de l’Afrique, recoudre les corps et travailler pour MSF dans les camps de réfugiés somalis. Des années à arpenter la terre ocre de la Corne de l’Afrique pour une recherche universitaire sur le khat , à apprivoiser l’étrange, l’étranger et la peur; à dévorer les horizons, à ingurgiter les sensations, à découvrir ma place sur cette Terre,à vivre mes rêves, à dévorer la Vie. Un avion décolla à nouveau, direction la Thaïlande et la Birmanie pour me déposer durant quelques mois avec l’ethnie Karen et les éléphants des forêts tropicales.
Mais il fallut un jour retourner à la case départ: ma France natale. Je mis la lionne en cage pour arpenter les Champs Elysées et enseigner dans une école bilingue des quartiers chics. Mais l’horizon me manquant terriblement, je partis à Montpellier, là où le soleil, les pierres, les plantes aromatiques et le mistral se mélangent au vent de mon histoire, celle de la Méditerranée.
Deux petits garçons firent leur apparition et, avec eux, tout devint à nouveau exotique, imprévisible et périlleux. Dans le terreau des souvenirs, d’autres bébés naquirent, des romans, des recueils de nouvelles, des poèmes en prose, des aquarelles.
Peindre, mais surtout écrire est devenu ma nouvelle manière de voyager.
Peindre, écrire et danser, aussi. Danser le tango argentin.
Et puis partager. Faire écrire. Passer le DU d’animateur d’atelier d’écriture et embarquer avec moi d’autres femmes, d’autres hommes, d’autres enfants pour des ailleurs à découvrir.
Bibliographie non exhaustive:
Les sables savants, éd. du Jasmin, 2022 (roman). Qui aime bien, éd. Talents hauts, 2020 (roman). Le temps d’un abrazo, éd. Bamboo, 2019 (roman). À l’étroit, éd. Talent Haut, 2018 (roman jeunesse). La tyrannie du sucre d’orge, éd. du Jasmin, 2017 (nouvelles). Leyian : Frère de rêve en Terre Maasaï, éd, Le Livre de Poche, Hachette, rééd. 2017 (roman). L’Éclaireur, éd. du Jasmin, 2014 (roman). Prix Méditerranée des Lycéens 2015. Leyian : Frère de rêve en Terre Maasaï, éd. L’Harmattan, 2010 (roman).
Extrait inédit :
La mauvaise herbe
Stephano Rambaldini aurait pu le perdre depuis longtemps, depuis ce temps où les dents se sont mises à s’effriter. Elles s’agrippent encore à la gencive, vieux chicots branlants jaunis par le tabac, un mauvais tabac qui érode sa bouche ravagée, une bouche aux lèvres craquelées comme de l’argile trop cuite.
Peut-être se cache-t-il dans les pupilles, au delà du voile laiteux de la cataracte et des vaisseaux éclatés par un trop plein de soleil, d’insomnies et de misère, ou bien dans les fissures de l’écorce de son corps.
Il aurait pu le perdre lorsque le gendarme est arrivé dans la masure pour lui parler de Benito Rambaldini, celui qu’on avait retrouvé à la lisière de la forêt. Un règlement de compte, vraisemblablement.
- Il est de votre famille ? A demandé le gendarme.
Benito n’était pas sa famille. Benito était ses tripes, sa chair. Benito était sa chienne de vie qui n’avait su faire que ça, un fils. Un seul fils après une nuit à trop boire, à se croire beau et à monter entre les cuisses blanches, énormes et tendres de cette femme qu’il n’a aimée que le temps d’être saoul.
Il aurait pu le perdre mais, dans un coin de la baraque, Maria en a besoin avec son corps long et disgracieux, Maria avec cette maladie qui touche les mauvaises herbes, celles qui auraient du ne pas pousser. Les mauvaises herbes, Stephano les connaît bien. Il ne faut pas les supprimer. Sans elles, pas d’oiseaux, pas de papillons, pas d’abeilles. Alors, à défaut de cultiver le tabac, le mauvais tabac qui pousse mal sur la mauvaise terre, il s’est mis à cultiver le sourire.
Certains jours, il n’a que cela pour nourrir sa fille.
Et Maria rit aux éclats à côté de la fenêtre opaque.