Les auteurs lauréats d'une bourse de création en 2018

Découvrez les 26 auteurs soutenus en 2018 par une bourse de création : Stan Cuesta, Frédéric Debomy, Pascal Dessaint, Régine Detambel, Marie-Cécile Fauvin, Catherine Fradier, Philippe Gagnebet, Claire Garralon, Didier Goupil, Guillaume Guéraud, Françoise de Guibert, Yoel Jimenez, Felix Jousserand, Maxime Lachaud, Simon Lamouret, David Léon, Virginie Lou-Nony, Cyril Massarotto, Juliette Mézenc, Gilles Moraton, Aurélie Namur, Dominique Nédellec, Delphine Panique, Serge Pey, Nicolas Rouillé et Catherine Vasseur.

Stan Cuesta

Crédit : Emmanuel Baquet

 

Stan a les oreilles qui bougonnent. Il appartient à une espèce en voie de disparition, celle des journalistes vinyhilistes. Il a la tête de Nick Cave et les grognements de Jean Yanne. Tonton flingueur du rock, il connaît aussi bien la filmographie de Lino Ventura que la discographie de Neil Young. Bien que virtuose de l’étourderie - capable d’oublier où il a garé sa voiture 5 minutes auparavant - Stan est doté d’une mémoire encyclopédique. Dans le juke-box de son cerveau sont stockées des décennies de folk, de rock, de punk, de pop alternative, de chansons diverses et variétés. Savoir accumulé par goût mais aussi par devoir. L’animal est quand même payé à écouter de la musique. Très mal certes (y’a une justice !), m’enfin ce n’est pas donné à tout le monde.

Impécunieux chronique (puisque chroniqueur), bordélique consciencieux, procrastineur assidu, Stan est le prince de l’in extremis. Il attend toujours la 59ème seconde de l’ultime minute de la dernière heure pour déballer son horlogerie. Articles de presse, biographies, traductions, interviews, nouvelles, conférences… jamais il ne se laissera aller à la facilité d’y travailler en avance. La ponctualité, c’est bon pour les croque-morts et les notaires. Il lui arrive pourtant d’être à l’heure une fois par semaine. Le dimanche soir quand retentit « La fileuse » de Mendelssohn sur les ondes de France Inter. Alors que le podcast pourrait nous affranchir de la pendule, tous les deux nous écoutons le direct du « Masque et la Plume ». Moi sous lui. Lui sur moi. Je précise : je vis à l’étage du dessous, dans un appartement relié au sien par un escalier médiéval tournicotant au cœur d’un phalanstère intimiste. Cette émission est depuis notre enfance la parenthèse dominicale où l’angoisse du lundi se dissipe dans un flux de propos culturels plus ou moins polémiques. Grâce à elle, nous pouvons porter un avis définitif sur les films que nous n’avons pas vus ou sur les livres que nous ne lirons jamais. Exactement comme les critiques du « Masque ». À l’inverse, je sais tellement de choses sur Stan que je n’ose rien en dire. Sauf affirmer d’un coup de brosse à reluire que sous son masque maugréant frétille une plume alerte et sensible. Celle d’un oiseau rare.

Olivier Costes, auteur

Frédéric Debomy

Crédit : DR

 

Frédéric Debomy est un auteur, essayiste et scénariste de bandes dessinées français né en 1975. Outre sa carrière d’écrivain, il fait partie des membres fondateurs de l’association Khiasma qui s’était notamment donné pour objectif de sensibiliser le public français à l’absence de démocratie en Birmanie, et a également présidé l’association Info Birmanie. Son engagement humain va de pair avec sa passion pour l’écriture qui le conduit à la publication de nombreux ouvrages. Son livre Birmanie, la peur est une habitude est une œuvre prenante reposant sur l’hybridation entre témoignage et bande dessinée.
Aujourd’hui, c’est en tant que scénariste de bandes dessinées qu’il continue son parcours. Il a par ailleurs travaillé avec les dessinateurs Louis Joos, José Muñoz ainsi qu’avec Edmond Baudoin pour Le vertige publié chez Cambourakis. L’Express évoque l’un de ses ouvrages majeurs intitulé Une Vie silencieuse, qui est décrit comme cernant « au plus près la solitude, l’amertume, la vengeance, le dégoût, les ténèbres ». Le journal Le Monde salue quant à lui son travail avec Louis Joos en mentionnant « un duo sombre et fort aux atmosphères prenantes. »
Son nouveau projet, Le baiser, éclot alors qu’il a une vingtaine d’années lors d’un voyage au Vietnam. L’histoire s’inspire de ses observations sur les pratiques vietnamiennes notamment en ce qui concerne le mariage et la prostitution. Il fait le constat de femmes cherchant à épouser des touristes occidentaux dans l’espoir d’un ailleurs meilleur. Les éléments collectés sont à l’origine de son scénario racontant la vie d’une jeune femme vietnamienne. Ce mélange entre réalité et fiction donne lieu à la narration du quotidien de la protagoniste du « baiser » qui sera le jouet des événements et de décisions prises par d’autres personnes. Suite à un baiser échangé avec un voyageur occidental, elle sera considérée par son environnement et deviendra une prostituée. Par la suite son mariage semblera la sauver, mais une fois parvenue en Europe, elle subira une situation de quasi domesticité. Enfin, sans savoir encore où mèneront ses pas, elle décidera courageusement de reprendre sa vie en main.

Laurianne Haaf, étudiante à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Pascal Dessaint

Crédit : Franck Alix

Quand vous rencontrez Pascal Dessaint vous comprenez très rapidement deux choses : l'homme a fait le choix de l'écriture et il est passionné de nature. Et c'est sur terreau-là qu'il a poussé.
Sûr qu'il aimerait être un oiseau ! Mais il est de l'espèce humaine, alors à défaut de plumes il a décidé très tôt de cultiver la sienne… une bien noire, comme celle du Milan qui plane au-dessus de Toulouse, et bien ciselée, comme celle de l'orfèvre qui peaufine son ouvrage.
Le parallèle avec l'oiseau pourrait s'arrêter là, mais j'ai envie de filer un peu la métaphore. Il faut dire qu'il y a dans l'écriture de Pascal quelque chose de cet animal qu'il observe tant. Comme le rapace, l'auteur sait prendre de la hauteur, planer au-dessus des villes, survoler les paysages, s'approprier les espaces. D'un coup d'œil, il repère quelques humains et s'en approche prudemment… Ce sont de drôles de zigs, un brin dangereux.
Alors, c'est à la manière du rouge-gorge, celui qu'on dit familier, que Pascal écrit. Il se met en lisière, apprivoise le terrain, se fond dans le décor. Ses mots nous font entrer petit à petit dans la sphère intime des personnages.  La comédie humaine se joue là et, avec elle, ses réalités sociales et culturelles. La plume est noire, ne l'oublions pas.
Souvent, Pascal dit que la vérité est dans l'écriture. Chez lui, cette vérité passe par la route polar mais empreinte aussi des chemins de traverse. Nouvelles, poésies, photographies, chroniques, sont autant d'occasions pour lui de creuser son sillon d'écrivain.
Pour Un colosse, de sillons, il sera encore question car Pascal empreinte un nouveau chemin, celui de L'Histoire avec un grand H. Sa passion du vivant et du 19ème siècle l'ont amené sur les traces d'un géant. Ne doutons pas qu'avec sa plume et son regard acéré ce phénomène ait l'air bien vivant !

Isabelle Hochart, éditrice des éditions du Petit Écart

Régine Detambel

Crédit : DR

Autrice prolifique depuis près de vingt-cinq ans, Régine Detambel se lance corps et âme dans l'écriture en 1990 et publie en 2006 chez Gallimard un roman couronné de succès, Pandémonium. S'en suivra une longue série de romans, qui dès leur sortie, jouissent d'un succès sans précédent et feront d'elle une autrice appréciée de ses lecteurs, du milieu littéraire* et que les plus grandes maisons d'édition s'arracheront.
On perçoit dans son écriture la filiation qu'elle a réussi à établir entre son métier originel (elle fut kinésithérapeute) et le geste d'écrire comme dirait Duras. En effet, elle porte une précieuse attention aux corps, à la vieillesse, aux affres du temps. 
Dans son prochain ouvrage (en cours d'écriture), elle plongera dans la vie intime du poète et académicien Paul Valéry. Beaucoup de lecteurs, admirateurs ou lecteurs, ignorent que cet homme doit sa réussite et son talent à une femme. Celle-ci, nommée Catherine Pozzi, fut à la fois femme de lettres, muse de Paul Valéry et son plus grand amour. Une liaison que Régine Detambel nous décrira, non pas en s'attaquant à la destruction du mythe valérien, mais en redorant l'image de Catherine Pozzi, dont le nom ne figure nulle part, et qui pourtant a joué un rôle majeur dans la vie du poète sétois. Nous y verrons que cet homme, connu pour sa personnalité solitaire, travailleur acharné, écrivant dans un bureau rue Gay-Lussac à Paris, que seul Diogène aurait apprécié, vivait un amour passionné et passionnel, prêt à mourir pour Catherine Pozzi. Nous serons plongés dans le Paris d'entre-deux guerres, dans l'intimité de deux êtres singuliers vivant une passion destructrice.
Pourtant, bien longtemps après la mort des deux amants (lui en 1945, elle en 1934) la figure de Catherine Pozzi a été oubliée, et peu savent lier l'oeuvre de l'Académicien à cette Dame. C'est par la plume unique de Régine Detambel, que Catherine Pozzi renaîtra de ses cendres, tel un phénix.
Tandis que le poète, lui, reposera toujours avec les colombes du cimetière marin...

Mehdi Bouchali, étudiant à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

La Société des Gens de Lettres lui a décerné en 2011 le Grand Prix Madeleine-Cluzel pour l’ensemble de son œuvre, elle est aussi Chevalier des Arts et des Lettres et l'Académie Française lui a décerné le prix Anna de Noailles

Marie-Cécile Fauvin

Crédit : DR

Dès ses débuts, elle a choisi la voie abrupte : la poésie. Elle a traduit des poètes contemporains comme Maria Kyrtzaki et Katerina Iliopoulou, ou plus classiques comme Yannis Ritsos, Georges Séféris, Épaminondas Gonatas, qu’elle a fait découvrir aux lecteurs français.
Ensemble nous avons travaillé à la traduction d’un choix de poèmes de Séféris lors d’un automne dans les Cyclades. Avec sa lecture fine, cultivée, Marie-Cécile m’a donné accès au plus profond des textes que nous avons ensuite réécrits mille fois, jusqu’à ce qu’ils prennent vie en français et que nous en soyons l’une et l’autre satisfaites. Nous sommes même allées à Santorin pour voir l’ancienne Théra, dissiper quelques mystères, mettre nos yeux dans ceux du poète et nous « pencher sur la mer obscure ». Plusieurs mois de travail sur quelques poèmes. Un grand bonheur de traduction.
Côté prose, Marie-Cécile Fauvin a là aussi attaqué par la face nord, ou plutôt, la frontière nord, l’Épire. Avec brio elle a traduit plusieurs textes, réputés intraduisibles, de Sotiris Dimitriou, un des plus grands auteurs grecs vivants, qui mêle le dialecte épirote et le grec parlé. Aujourd’hui elle poursuit ce travail de recréation d’une langue orale, populaire, vivante, inventive, en travaillant à la traduction d’un de ses romans, C’est le bon Dieu qui leur dit.

Catherine Perrel, traductrice de littérature russe et directrice de la collection « Slovo », éditions Verdier

Catherine Fradier

Crédit : DR

Catherine Fradier est une écrivaine française de thriller et romans jeunesse, née en 1958 dans la Drôme. Avant de se lancer entièrement dans l’écriture, l’auteure s’est essayée à de nombreux métiers. De réceptionniste à barmaid, secrétaire, en passant par agent de sécurité, elle a été aussi la première femme de la brigade de nuit du 13e arrondissement de Paris. Mais c’est dans la lecture et l’écriture qu’elle trouve sa place. En 2005, elle abandonne le salariat pour sa passion.
C’est en 1998 qu’elle publie son premier livre Un poisson nommé Rwanda. Elle a été récompensée par le Grand Prix de littérature policière en 2006 pour La Colère des enfants déchus, du Prix SNCF du polar français en 2008 pour Camino 999 ou encore du Prix Michel Lebrun pour Cristal Défense, premier livre d’une trilogie. Elle a écrit 16 romans,et de nombreuses nouvelles. Aujourd’hui, en plus d’être romancière, elle alterne les activités de scénariste, nouvelliste, et anime des ateliers d’écriture. La rigueur et la passion sont les maîtres mots de son travail d’écrivain. Pour preuve, son travail de documentation peut prendre plusieurs années à raison de douze heures par jour, et la lecture de nombreux livres par semaine.
Son prochain roman, Chambre Noire Intérieure (publication prévue Au diable vauvert), est une autobiographie fictive sur fond de dystopie, mettant en scène Norma, une romancière qui a choisi de s’isoler de ce monde. Les thèmes abordés sont la dégradation de l’environnement, la mise en scène de la vie privée et la place des personnes âgées dans une société où les visages ridés sont devenus indécents. Mais il est avant tout question de la place de la littérature dans la vie d’une femme maintenant au crépuscule de sa vie et qui assiste, impuissante à la disparition des derniers livres, effet collatéral d’un monde en déliquescence qui œuvre pour sa survie.

Quentin Gillier, étudiant à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Philippe Gagnebet

Crédit : DR

Projet : essai / reportage, L'hôtel de Tunis, hôtel des migrants.
Portraits en cours de rédaction.

Claire Garralon

Crédit : Anaïs Ondet

Claire Garralon est née au bord de l’océan. Ça, c’est bien ! Très biographique. Je devrais continuer par l’évocation des Beaux-Arts à Bordeaux, de ses trois fils, de la Faculté d’Arts Plastiques à Toulouse, de son chat un peu idiot, de ses premiers albums, etc. Mais bon, ça ne me semble pas si essentiel.
Ce qui l’est plus, c’est cette petite fille, du sel sur la peau, du sable dans les cheveux et des crayons à la main, qui s’adonne très tôt au dessin et à la contemplation.
Parce que je crois que rien n’a vraiment changé, finalement. Claire conserve toujours ce don contemplatif, précieux et rare, qui se retrouve dans ses illustrations qui ne cessent d’explorer différentes techniques, et de plus en plus dans ses textes.
Elle ignore, par nature, les injonctions agressives et les morales superficielles, et chacun de ses albums affirme un talent évocateur, simple et poétique.
Aussi quelle bonne nouvelle quand elle s’est (enfin !) décidée à écrire son premier roman jeunesse. Quelle impatience de pouvoir plonger dans un univers, un océan où les mots prendront délicatement la main des jeunes lecteurs non pour les guider, mais pour leur proposer de poser leurs regards où ils ne vont plus. Eux aussi, grâce à Claire, pourront avoir un peu de sel sur la peau et de sable dans les cheveux.

Pierre Zapolarrua, auteur


Didier Goupil

Crédit : Sophie Bassouls

Souvenons-nous de la correspondance de Gustave Flaubert : « Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. » Une imparable leçon de style que Didier Goupil applique parfaitement. 
Prenez son livre Femme du monde : pas même une centaine de pages, mais tout le XXème siècle défile sous nos yeux et chaque phrase, chaque mot nous donnent le frisson puisqu’ils possèdent la force de la nécessité. On songe à la remarque de Miles Davis : « Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les meilleures ? »
Cette riche sobriété apparaît également dans Le Jour de mon retour sur terreLa Lettre à AnnaLes Tiroirs de Visconti… Et quand, de Maleterre à Castro est mort, Didier Goupil nous offre des textes plus étoffés, on retrouve l’élégance qui le caractérise mieux que tout.
L’homme est complexe. On ne saurait donc le réduire à un dandy de grand talent. Son goût du raffinement et sa passion de l’art ne l’ont jamais empêché de prendre à bras le corps les réalités les plus dures. Le 11 septembre, le castrisme, et par-dessus tout la Shoah qu’il évoque inlassablement : Didier Goupil a mal au monde, c’est écrit noir sur blanc.
Un monde qu’il aime cependant et qu'il voudrait visiter dans tous ses recoins. Je ne l’ai jamais suivi dans ses voyages mais je suis persuadé qu’il se montre moins attentif au décor qu’à l’humain. Je connais sa curiosité des gens, son indulgence envers leurs défauts et leurs manques, sa fidélité amicale. S’éloigne-t-on du portrait de l’écrivain ? Je ne crois pas. Ouvrez n’importe lequel de ses livres : aucun cynisme, aucun sarcasme… N’en déplaise à Gide, on peut faire de la bonne littérature avec de bons sentiments.

Brice Torrecillas, journaliste et écrivain

Guillaume Guéraud

Crédit : DR

Ce n'est pas la note de 03/20 au bac de français qui empêcha Guillaume Guéraud de connaître une brillante carrière dans la littérature jeunesse. Né à Bordeaux en 1972, il commence par exercer les métiers du journalisme, avant d’être remercié pour son impudence. En définitive, sa redirection dans le monde des lettres s’avère fructueuse car l’auteur se découvre une véritable passion pour l’écriture fictionnelle. Ses personnages, ou plutôt ses anti-héros à la tragique singularité, se sont vus récompensés en 2007 par le Prix Sorcières, avec le roman noir adolescent Je mourrai pas gibier, également adapté en bande dessinée. Après des romans gore, Déroute sauvage pour n'en citer qu'un, Guillaume Guéraud va se diriger vers un courant qui lui est inhabituel, trop convenu et pourtant pour lui sans enjeu : le fantastique.

Son impertinente création, Vorace, poursuit son ardent désir d'écrire un roman jeunesse fantastique sans en aimer le genre. Il va redéfinir les clefs de ce genre classique et lui donner, comme lui seul parvient à le faire, toute la profondeur de son style littéraire. Le projet part d'une idée simple : une créature. Une bête ou plutôt un monstre invisible aux yeux des habitants de la capitale, mais à l'ignominie bien réelle pour Léo, cet enfant des rues subissant les souffrances d'un Paris qui ne veut plus voir ceux qui jonchent ses rues. La créature mange, engloutit, dévore. Elle a commencé par de simples bactéries, puis des insectes, des rats et autres nuisibles de la ville lumière, avant de s'attaquer à une proie qui n'a pas l'habitude d'être prise pour cible : l'humanité. Nul ne peut savoir si elle se contentera de vermines, de dévorer la capitale, ou d'anéantir la planète pour son seul plaisir. Et Léo, accompagné de Tchekhov, bâtard abandonné à son sort, silhouette marginale tentant de vivre dans une société qui ne veut pas de lui, est le seul à pouvoir apercevoir cette chose qui s'apprête à dévorer son monde, une chose qui n'a ni apparence propre, ni existence physique. Simple hallucination due aux substances absorbées par le jeune homme ou véritable menace pour notre civilisation, c'est à vous de le découvrir.
Même si vous, lecteur, ne pourrez que difficilement vous identifier à ce singulier protagoniste, vous ne pourrez vous empêcher d'être touché par sa simplicité, sa curieuse droiture. Une bouffée d'empathie pourra jouer avec vos émotions en suivant son pas gauche à travers un Paris que vous ne verrez jamais plus de la même manière. 
Guillaume Guéraud a travaillé presque exclusivement depuis ses débuts d'auteur aux Éditions du Rouergue, et c'est sans doute entre leurs mains que vous trouverez très bientôt Vorace, ce cinglant roman jeunesse qui éveillera chez plus d'un lecteur, une sensibilité dévorante et qui vous prendra à la gorge, page après page.

Maïlys Avril, étudiante à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Françoise de Guibert

Crédit : DR

La curiosité est son moteur. Si elle n’avait pas écrit de livres, elle serait voyageuse à plein temps. Ce n’est pas pour rien qu’elle a fait des études de géographie... Son regard était déjà tourné vers le monde. Elle est devenue voyageuse de livres pour la jeunesse, volant de projet en projet, changeant de sujet comme elle changerait de fuseau horaire. S’aventurer sur des territoires inconnus, c’est son truc. Elle fait un petit tour au Far West à la vitesse de l’éclair avec trois albums frais et pimpants, Billy le môme, Oumpapoose cherche la bagarre et Les sœurs Ramdam. Puis passe à l’observation de la nature et signe Dis où tu habites ? ou Dis comment ça pousse ?
Avec elle, il n’y a pas une seule et unique méthode de travail. Chaque livre est une aventure en soi, nouvelle et différente. Lorsqu’un jour, l’illustratrice Audrey Calleja lui montre un de ses dessins, une petite tâche d’encre avec un visage, Françoise lui trouve une histoire, ce sera Sin le veilleur
Car s’il y a bien une chose que Françoise aime, c’est partager. L’aventure de l’écriture à quatre mains était donc inévitable. Écrire à deux, c'est faire se rencontrer deux énergies. Deux énergies qui posent leurs stylos côte à côte. Qui se disent des choses et tissent ensemble un récit, comme on prépare un festin. Parce que l'énergie du duo est catalyseur et donne des feux d'artifice. J’en sais quelque chose, on a écrit ensemble, elle et moi, plusieurs livres et c’était une sacrée expérience. Aujourd’hui, elle signe avec Laurence Schaack des romans pour les adolescents, Trois (ou quatre) amies et la passionnante aventure des Filles de l’astrologue
Mais elle ne remplit pas ses carnets uniquement de mots, elle y glisse des croquis au détour des pages, car Françoise est une auteure qui dessine. Encore un nouveau continent à explorer. Écriture et dessins se mêlent, des fruits et légumes se mettent au sport : les litchis font de l’haltérophilitchie, l’avocat pratique l’avokayak, les pommes jouent au ping-pomme… Aujourd’hui, ces sportifs insolites se retrouvent dans le livre Les Dieux du stand
De l'énergie, Françoise en a à revendre. Tellement, qu’elle se tourne vers les autres, les laissés pour compte de notre société, s’engageant dans des associations, multipliant les initiatives, pour participer à ce monde, qu’elle veut meilleur. Dans son travail d’écriture, à sauter de projet en projet, comme on saute des haies, un sujet lui tient particulièrement à cœur. Les petits vieux. Ceux qu’on dépose dans un coin et qu’on oublie. Alors elle leur donne la parole et le droit d’exister, en imaginant une histoire rocambolesque pour adolescents, où des pensionnaires d’une maison de retraite se font la malle. Françoise vient d’obtenir pour ce projet une bourse de création de la part d’Occitanie Livre et lecture.  Et c’est une bonne nouvelle. Parce qu’un monde idéal serait celui, où toutes les générations confondues continueraient à échanger et à vivre ensemble. Elle y croit. Elle dit ses convictions. C’est la chance de l’écriture. 

Anne Cortey, autrice de livres pour la jeunesse

Yoel Jimenez

Crédit : DR

Projet : Livre d'artiste : C'est pas moi qui le dis c'est la science !
Portrait en cours de rédaction.

Felix Jousserand

Crédit : David Crespin

Projet : adaptation de la Canso, en français et sur scène.
Portrait en cours de rédaction.

Maxime Lachau
 

Crédit : Erik Damiano

Maxime Lachaud est né tout juste quatre jours avant moi, même étage de la même clinique carcassonnaise. Mais il faudra attendre notre première année de faculté à l'Université du Mirail pour nous rencontrer. Enfin, plutôt à un concert de musique sombre où je lui aurais un peu écrasé les pieds. Quelques années plus tard, nous fondons « Douche Froide » avec d'autres passionnés de musiques expérimentales et d'arts déviants. Maxime aura entre temps réalisé plus d'un millier d'entretiens pour des articles papier ou des sessions radiophoniques.
Passionné par les excentriques du Sud des États-Unis, il écrit des ouvrages de références sur le sujet : Harry Crews, un maître du grotesque (K-inite, 2007) et Redneck Movies : ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain (Rouge Profond, 2014).
Il est co-auteur d'une anthologie sur les Mondo Movies (Reflets dans un œil mort : Mondo Movies et films de cannibales) et fut coordinateur d'un hommage à la science-fiction expérimentale française (Aux Limites du Son). Entre littérature et cinéma les plus obscurs, Maxime décortique ses sujets au scalpel, avec rigueur et surtout, respect et bienveillance. Jamais il ne jugera, toujours il livrera une analyse critique, un travail anthologique, une enquête de terrain sociologique et anthropologique de ces mondes parallèles, souvent violents et cruels.
Journaliste désormais incontournable pour les amateurs de musiques aventureuses et de cinéma bizarre, il s'évertue à propager la bonne parole d'un art beau et brutal. Programmateur et directeur artistique du Festival International du Film Grolandais de Toulouse depuis quatre ans, il reste fidèle à une esthétique, un art qu'il défend sans faillir depuis de nombreuses années.

Marjory Salles, artiste coloriste de spectacle

Simon Lamouret

Crédit : Chandan Atreya

Né aux toutes premières aurores de 1987, à Toulouse, Simon Lamouret est un conteur patient et réfléchi, au regard aussi doux que puissant. Arpenteur dans l’âme il s’est formé à l'Ecole Estienne, mais aussi aux Beaux-Arts d’Angoulême et aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Il s’est, ensuite, au hasard de ses pérégrinations, arrêté à Bangalore, une mégapole indienne dans laquelle il a flâné, enseigné le dessin, collaboré pour la presse indienne et fait mûrir, lentement, à la veille de ses 30 ans, sa première œuvre de bande dessinée, Bangalore. Fruit de près de 4 ans de travail acharné cette œuvre muette – soutenue, pour sa finalisation, par la bourse BD des éditions Glénat 2016 – est un objet rare, aussi spectaculaire que sensible. Croisant des instantanés de la vie quotidienne de Bangalore et de ses mutations, elle est un portrait simple, inspiré et abouti des petites et grandes histoires d’une ville et souligne la force unique du dessin pour conter l’indicible. Elle est aussi et surtout le témoignage éclatant du talent hors-pair de narrateur de Simon et de sa force singulière à observer, mais, plus encore à écouter. Car l’homme au si beau regard sait surtout écouter, non pas les seuls sons ou paroles, mais l’intérieur des êtres et de leur environnement.
Certes son spectaculaire travail graphique époustoufle par sa précision, son art consommé des jeux de lumières et sa profusion de détails, mais c’est bel et bien ce qu’il raconte, ce qu’il transcende et ce qu’il traduit de plus infime par son biais qui ravit et touche. Cette signature - aussi rare que rafraîchissante dans le domaine actuel de la bande dessinée - se prolonge aujourd’hui dans tout ce qu’il entreprend. Simon se donne toujours le temps d’observer et d’écouter, patiemment, longuement. Tout doit se mûrir, se travailler et se reprendre jusqu’à plus soif.
Sa prochaine œuvre, comme Bangalore, s’inspirera du réel, mais n’en fera pas son seul propos, bien au contraire. Simon aime raconter et sait que le dessin, plus que le cinéma, la photo ou la littérature, lui offre, jusqu’à s’y perdre, un infini champ de possibles. Et comme pour Bangalore encore, il multipliera, au propre et figuré, les allers-retours entre l’Inde et la France (où il est désormais revenu), entre les témoignages qu’il aura recueillis et sa propre envie de narration, entre sa soif de justesse et sa quête de magie. Demain et avec le temps qu’il faudra, Simon fera naître Alcazar, sa deuxième bande dessinée traçant un regard sur un chantier d’habitation à Bangalore. Gageons qu’elle incarnera à nouveau la force de caractère, d’écoute et de sensibilité de son auteur et qu’elle confirmera sans autre son exceptionnel talent.

Philippe Duvanel, directeur artistique du festival Delémont Bd en suisse

David Léon

Crédit : DR

Projet : théâtre intitulé D'amours.
Portrait en cours de rédaction.


Virginie Lou-Nony

Crédit : DR

Virginie, c’est une personne qui change des vies. Qui en sauve, même. Beaucoup de ceux qui ont croisé sa route en témoigneraient. C’est une personne généreuse, bienveillante, engagée, savante. Chez Virginie, on rit, on pleure, on boit du vin, on refait le monde. Chez Virginie, surtout, on sait le poids des mots. 
Son écriture est minutieuse. Foudroyante. Une mer jamais longtemps étale qui, à marée basse, descend dans l’infiniment petit de nos gestes, de nos croyances, de nos misères d’hommes, et, à marée haute, se frotte à l’infiniment grand de l’histoire, avec sa cohorte de gloires et de folies, de discours abrutissants et de révolte, toujours. L’écriture de Virginie vous bouscule, vous dérange – en ce sens qu’elle déplace quelque chose en vous. C’est une écriture qui puise dans le silence, celui de nos peurs d’enfant, de nos émois secrets, de nos errements honteux. Celui imposé par l’autorité verticale des parents, des maîtres, des dominants, et qui perpétue le désordre social. Surtout, c’est le silence du corps, du désir qui bourgeonne ou de l’amour qui s’estompe, le silence de ces choses qu’on ne veut pas, ne peut pas ou ne sait pas nommer, et qui ramène toujours à celui du cosmos, de la matière, de l’existence même.
Lire Virginie, c’est toujours une aventure : qu’elle nous fasse naviguer dans la piraterie au XIIe siècle, nous plonge en plein chaos du G8 de Gênes ou entre les murs plus calmes, en apparence, mais tout aussi impitoyables d’un centre de rééducation fonctionnelle pour enfants malades, Virginie, sans jamais être obscène ni désespérante, explore sans relâche l’intime énigme de la vie. Même quand elle s’enfonce dans le plus cru, le plus cruel de la nuit de l’homme, c’est pour en tirer un somptueux éloge de la lumière.
Un jour, j’étais encore très jeune, Virginie m’a dit : « Tu es un écrivain. » C’est avant tout ça, Virginie : quelqu’un qui vous regarde, vous écoute… 
Et qui vous voit. 

Lewis Chambard, 28 ans, romancier, poète, vidéaste, scénariste

Cyril Massarotto

Crédit : Guilaine Massarotto

Mes souvenirs lointains ou proches avec « ce petit frère » sont marqués de tendresse et de nostalgie. Les bonbons achetés à la boulangerie du quartier, les dimanches d’hiver autour d’un chocolat chaud et de churros, les tours de manèges et d’auto-tamponneuses à la foire, les après-midis au cirque, les spectacles improvisés dans le salon familial, les parties de pétanque à l’ombre des platanes, la pèche à la ligne en rivière où le silence régnait, nos rires dans les cabanes en tissus qui mettaient notre chambre sens dessus-dessous, le bruit assourdissant de la batterie et de la guitare électrique, les après-midis de répétitions avec son groupe de musique dans le garage.
Et dans cette enfance riche et heureuse, il y avait aussi nos disputes. Oh oui nos disputes ! Des cris, des colères, des bagarres, des poignées de cheveux perdues (surtout pour moi) et des pleurs aussi ! Cyril, mon frère, ce tourbillon, cette tempête, un véritable cyclone infatigable ! À le voir aujourd’hui, si calme, posé et réfléchi, on a du mal à croire l’enfant terrible qu’il a pu être !
Mais la maturité change un homme. Son enfance le construit et nourrit son esprit… Le temps, les situations et les rencontres le font grandir.
Et mon frère a grandi sur le tard. Après des années lycée un peu chaotiques (mais si délicieuses pour lui !), il découvre la littérature lors de ses années de pionnicat à Perpignan, pour tromper l’ennui. Il devient boulimique de lecture, curieux de tout et dévore Houellebecq, Virginie Despentes, Nicolas Rey… à longueur de journées. Et très vite il tombe dans l’écriture comme on tombe par accident à l’eau… et tout aussi vite, il apprend à nager. Son esprit bouillonne, les idées fusent, n’importe où, n’importe quand. Dans le bain, lors d’un repas de famille… L’inspiration est là et il faut la coucher sur le papier. Animal nocturne, il écrit sans relâche toutes les nuits avec rigueur et exigence.
Son écriture fluide et légère est toujours réfléchie, souvent poétique, philosophique, parfois crue et violente. Elle nous touche tous parce qu’il parle vrai et sincère, sans emphase ni prétention. Et ce sont toutes ses richesses proches et lointaines qui font de Cyril l’écrivain qu’il est aujourd’hui, cet artiste à multiples facettes. Un touche-à-tout qui peut passer avec autant de talent du roman à l’essai, du thriller au théâtre, du scénario de film aux paroles de chansons. Un écrivain que je connais bien et que vous devez absolument connaître !

Guilaine Massarotto

Juliette Mezenc

Crédit : Stéphane Gantelet

Si l’on voulait avoir un fil rouge pour lire les textes de Juliette Mézenc, on pourrait d’abord penser à la notion de « frontière ». Juliette Mézenc écrit au sujet des frontières, elle les obscurcit, elle écrit en se situant sur la frontière.
La frontière délimite un espace interne. C’est aussi ce qui différencie, ce qui sépare, souvent ce qui exclut. Elle est ce qui tient à distance mais aussi ce qui peut se longer, se suivre pour voir ce qui se trouve au bout… Dans les textes de Juliette Mézenc, la frontière concerne la littérature ou le corps. Il y a des frontières géographiques. Il y a une importance majeure de la frontière dans le politique, et dans l’actualité – de manière générale dans notre contemporain.
Dans les livres de Juliette Mézenc, la frontière a un rapport déterminant avec la vie et avec la mort.
Avec la création.
Si la frontière trace une distance entre « ici » et « là-bas », entre « nous » et « eux », entre « ceci » et « cela », elle est également ce qui constitue « ici » en tant que tel, ou « là-bas », elle est ce qui produit « nous » autant que « eux », l’autre, les autres, le Je, le moi. La frontière a une fonction identitaire et différenciante, parfois hiérarchisante.
Mais elle est aussi ce qui se traverse, légalement ou non, volontairement ou non, consciemment ou au cours des rêves. Un monde fait de frontières, de tous les types de frontières, n’est pas qu’un monde policier, ordonné, figé, violemment différencié. C’est aussi un monde où existe la désobéissance, la délinquance ou résistance à cet ordre. C’est un monde où existent le franchissement des frontières, les passages plus ou moins clandestins, passages parfois très moléculaires. C’est un monde où vit ou pourrait vivre autre chose que soi – l’autre, les autres, autre chose qui n’est pas ici et vers quoi je peux aller, avec qui je peux être. A condition, donc, de franchir la frontière, de ne plus être tout à fait moi, tout à fait ici ni d’ici. A condition que les frontières s’estompent, deviennent poreuses…
Si les livres de Juliette Mézenc travaillent la notion de « frontière », celle-ci, dans ce travail, n’acquiert son sens que par son inscription dans un réseau pluridimensionnel qui implique du littéraire autant que du politique, du subjectif autant que du géographique, du corporel autant que du cosmique. Les frontières bougent, les communications se multiplient, les passages prolifèrent, de nouveaux tracés apparaissent, de nouvelles configurations sont mises au jour. L’ici devient là-bas, aujourd’hui devient hier – et inversement –, le microcosme et le macrocosme résonnent l’un dans l’autre, mon corps devient cet arbre, ou cette brise, ou toi…

Extrait du portrait écrit par Jean-Philippe Cazier, écrivain, corédacteur en chef du magazine Diacritik.

> Lire l'intégralité de ce portrait ci-dessous

 

Gilles Moraton

Crédit : Tristan Moraton

Mais c'est qui à la fin ce Gilles Moraton ?! J'aurais mauvaise grâce de prétendre qu'il n'y avait aucune pointe d'agacement dans cette interrogation tonitruée pour moi-même alors que mes copines de la bibliothèque continuaient à se pâmer en riant, telles de futiles nymphettes évoquant bruyamment les attributs puissants de quelque héros grec, sur le bord d'une eau vive. Je n'en savais rien, ou à peu près rien, sinon qu'en plus d'être un amant formidable, il avait commis quelques livres, dont un, au moins, publié par les prestigieuses éditions Gallimard. Bribes de faits qui ne faisaient qu'augmenter une curiosité que je détestais déjà avoir et que sa prétention à faire l'inventaire du monde - rien que ça m'étais-je dit pour moi-même - ou à tenir le monde par les couilles - d'après ce que semblait me dire Google que j'avais bien évidemment appelé à mon secours le soir même en quittant la nuée de nymphes qui se susurraient encore à l'oreille quelques-uns de ses écrits érotiques qui devaient être bientôt lus publiquement - ne rendaient que plus grincheuse. Google m'avait également laissé entendre qu'il avait pu faire carrière dans le tennis, ce qui me semblait l'énorme goutte à faire déborder un tout symbolique vase de Soisson que j'aurais sans peine brisé à mon tour pour me soulager de ce trop plein de qualités qui menaçait d'effacer l'œuvre de Musil en quelques milliers de pixels accolés sur l'écran de mon iPad.

Les semaines passèrent jusqu'à ce week-end de la fin du mois de septembre où le bruit courût que cet homme mystérieux que j'imaginais colossal, se trouvait tout comme moi dans le périmètre animé des Chapiteaux du Livre. Sans dire mot à quiconque, je passais ma journée à tenter de repérer ce héros qui semblable au Stephen de Joyce entendait embrasser le monde tout entier d'un seul geste, comme Regina embrassait la salle de son restaurant où le hasard qui n'existe pas nous avait réuni sans que je n'en sache rien. Et quelle surprise ce fut de comprendre au bout d'un moment que cet homme so smart à la conversation brillante et drôle, dont les yeux pétillants étaient sertis d'élégantes lunettes noires, au physique bien plus avantageux que celui de Frédéric Beigbeder - dont nous devisions sans doute par goût de la vacherie défoulante - mais bien moins impressionnant que celui d'un Pierre Jourde dont je me rappelais encore la mésaventure qui suivit la publication de Petit pays, n'était autre que le fameux Gilles Moraton ! « Ah mais c'est donc vous », dus-je lui dire dans un dernier relent de conformisme social, avant que je ne lui raconte l'idée que je m'étais fait de lui et que nous partions à rire comme des bossus tandis que la docte société littéraire tentait encore de faire bonne figure.

Depuis j'ai eu l'honneur et le bonheur de publier Bocal Terminus, l'un de ses textes halluciné et hilarant, critique acerbe et fine de la Chine contemporaine que sa vie amoureuse mouvementée lui a permis de découvrir de l'intérieur, de l'inviter à participer à l'écriture en direct et en public d'un cadavre exquis qui a manqué de peu de faire mourir de rire la grande majorité des auditeurs présents ce soir-là aux moulins de Faugères, de lire ses travaux en cours et de nourrir la certitude que son œuvre ne devrait plus tarder à obtenir la reconnaissance qu'elle mérite.

Franck-Olivier Lafférère, responsable entre autres des éditions e-fractions

Aurélie Namur

Crédit : Occitanie Livre & Lecture

Née en 1979, Aurélie Namur est une comédienne diplômée du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. En 2006, sa rencontre avec Pippo Delbono agit comme un puissant déclencheur qui la mène sur le chemin de l’écriture et la pousse à fonder la compagnie Les Nuits Claires, où elle travaille et crée des spectacles. Globe-trotteuse assoiffée, elle parcourt le monde pour investiguer le réel et l’investir dans ses spectacles. En 2011, elle publie sa première pièce, Le voyageur égaré, aux éditions Lansman avec qui elle entame une fidélité.
Son travail d’écriture tente de mettre en perspective une réalité actuelle, sensible, voire délicate comme l’exil en terre étrangère ou le risque nucléaire, en se nourrissant d’autres langages et de ces voyages. Son style de prédilection est la fable, car c’est pour elle le moyen d’aller plus loin dans une forme de questionnement, tout en s’adressant à un public jeune comme adulte, toujours avec une même exigence. « Il y a sans doute un humanisme dans ma quête. »
Son projet se construit autour d'une expérience menée en classe, à partir d'une confession recueillie auprès d'un instituteur : l'histoire d'une petite Vietnamienne qui apprend à parler, qui découvre de jour en jour de nouvelles choses et qui est, elle-même, découverte par les enfants de l’école. Son aboutissement : une pièce de théâtre, un récit choral de quatre adultes se remémorant l’arrivée de cette élève dans leur école, une rescapée. Que s’est-il joué pour eux, et pour elle ?

Salomé Terrel, étudiante à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Dominique Nédellec

Crédit : Brian Graham

S’il est quelqu’un né avec l’étrange vocation de devenir traducteur, c’est bien Dominique Nédellec.
Armé de talent, d’audace, de persévérance et d’une prodigieuse capacité de travail, il s’est frayé un chemin en autodidacte dans le monde difficilement accessible de la traduction littéraire. La façon dont il s’y est pris est aussi énigmatique que lumineuse.
Sous la double égide de saint Jérôme et Camões, il a quitté, en 2002, la Normandie pour s’installer à Lisbonne, sans avoir ni origines ni attaches portugaises.
Depuis, il a signé la traduction de plus d’une cinquantaine de titres : des figures majeures de la littérature portugaise contemporaine (António Lobo Antunes, Gonçalo M. Tavares…) à plusieurs auteurs brésiliens et angolais (J. P. Cuenca, Michel Laub, J. E. Agualusa…), en passant par des BD et des albums jeunesse. Grâce à sa rigueur, sa passion pour les mots et leurs mouvements, son perfectionnisme, sa sensibilité, son élégance et sa « bibliothèque neuronale » sans fond, ce funambule de la traduction relève brillamment tous les défis que grands et plus petits éditeurs lui proposent.
Non content de travailler d’arrache-pied, Dominique sort de temps à autre de son bureau quercinois pour partager son savoir-faire et sa passion, dynamisant notre « communauté de forgerons ». Si ses capacités, sa culture, sa probité et sa bibliographie ont de quoi intimider, il se montre toujours attentionné et disponible. Ses conseils avisés, ses encouragements, ainsi que le récit de ses aventures illuminent et donnent sens à nos journées de travail solitaires. Quel bonheur et quelle fierté d’avoir eu la chance de croiser la route de Seu Dom !

Hélène Melo et Fernando Scheibe, traducteurs

Delphine Panique

Crédit : DR

Le parcours de Delphine Panique est guidé par la culture et l’art. Dès le départ, ses études ont été dirigées vers l’écrit ainsi que le cinéma, son intérêt pour le domaine n’est n’est donc pas nouveau. En 2012, lorsqu’elle commence à dessiner professionnellement, elle se met aussi à réaliser des illustrations dans la presse jeunesse. Elle détient cette réelle volonté de rencontre et de partage, qui se remarque notamment par les nombreuses interventions qu’elle a pu donner auprès de divers publics, visant à transmettre ses capacités de dessinatrice. En bref, être une autrice de bandes dessinées n‘est pas de tout repos, surtout lorsqu’une nouvelle BD sort dans quelques mois ! (Les classiques de Patrique, à paraître en février 2019)

Ses titres à ne pas rater :
Le Vol nocturne, 2018. L’histoire d’une sorcière nommée Rogée dont nous suivrons les aventures, gouvernées par une atmosphère poétique. Titre qui sera reconnu comme « porté par une grande inventivité graphique » par le magasine Les Inrocks ou encore « Magique » par le magazine Elle. Ce titre est d’ailleurs celui qui lui vaudra la sélection au festival d’Angoulême 2019.
L’odyssée du vice, 2016, raconte l’histoire humoristique et déjantée de Roger l’astronaute qui se voit perdre l’usage de son appareil génital après son arrivée sur une nouvelle planète. Le magazine Les Inrocks s’exprime sur l’oeuvre : « Une épopée légère, drôle et joyeusement érotique ! ».

Le projet Un beau voyage : Bloqués sur un bateau, les deux protagonistes, Le Capitaine et Béber se retrouvent embarqués pour un voyage en mer totalement libre, saupoudré de poésie, alternant entre passé et présent, le tel un échappatoire au présent. Malgré les dessins amusants de l’autrice, qu’elle décrit comme naïfs, elle aborde pourtant des sujets forts, tels que le cannibalisme, l’esclavage ou encore la situation de huis clos qui couvrent ses personnages. C’est alors une façon d’aborder le sujet plus facilement, d’attirer le lecteur par des dessins à la fois simples mais complexes. Derrière un univers poétique et contemplatif peut se cacher une certaine réalité cruelle, qui surgit quand on ne s’y attend pas vraiment.

Chloé Genton, étudiante à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Serge Pey

Crédit : DR

Nous cherchions un écrivain français pour collaborer au projet « Auxilio », un spectacle reliant deux compagnies, le Théâtre 2 l’Acte et le TeatroSinParedes, qui devait traiter de 1968 au Mexique et évoquer le mai français, autour de la figure de la poétesse Alicia Soust Scaffo, réfugiée uruguayenne qui fut coincée dans les toilettes de l’UNAM durant l’occupation de l’Université par l’armée…
Le choix s’est tout de suite porté sur Serge Pey. Quelle voix pouvait en effet mieux que la sienne, trouver la puissance et le souffle nécessaires ?
Au-delà de la force épique de sa poésie, Serge partait avec une connaissance profonde d’un pays où il a longtemps résidé, en ces temps encore marqués au fer rouge à l’époque par le massacre de Tlatelolco survenu en octobre 68. Le public mexicain ne s’est d’ailleurs pas trompé, ayant reconnu cette voix comme la sienne propre, au cours de la vingtaine de représentations données au Mexique. « Il fallait dire cela… cette parole nous était vitale… » Voici ce que nous entendions du public après les représentations. Parole cautérisante, parce qu’à rebours de l’oubli, elle a pu réveiller les ferveurs de cette époque d’espoir et de révolution, au-delà même de l’effroyable répression.
Partant de la claustration d’Alicia, durant 13 jours dans les chiottes de l’UNAM, Serge Pey nous a écrit un grand poème lyrique qui échappe de la bouche du fantôme Alicia, revenue parmi nous pour témoigner, nous enflammer, et rêver… car la révolution sans la poésie, n’est pas la révolution. S’il part d’un événement passé il y a cinquante ans et advenu au Mexique, ce texte a valeur universelle. 
Ce long cri brûlant est proféré par cinq bouches, deux hommes et trois femmes, dont l’une représente, assise sur sa chiotte, Alicia, qui projette sa poésie, par le déploiement des couleurs puisées dans le vase, dont elle macule les parois de sa prison. Le rythme puissant du verbe est à l’origine de l’énergie gestuelle que nous avons recherchée dans cette interprétation, pour déboucher sur des « prophéties » qui sont autant d’appels aux vivants, que Serge nous a donnés… Merci.

Michel Mathieu, metteur en scène, directeur du Théâtre 2 l’Acte

Nicolas Rouillé

Crédit : DR

« C’est un flic ou quoi ? » Voilà ce que j’ai d’abord pensé quand Nicolas m'a contacté pour la première fois. Il cherchait un éditeur pour Le Samovar, un roman qui plongeait le lecteur en immersion dans le monde des squats politiques. Or, c’est bien connu, ils sont nombreux à la maréchaussée à s’intéresser à ces milieux. Mais la méfiance a vite laissé place à la complicité : il m’a confié son manuscrit, je l’ai relu, j'ai aimé, il a été publié. Puis il a contribué à une revue que j’éditais (Plus que des mots) avec des nouvelles et autres textes, on a mangé des pizzas, fait de la sérigraphie, papoté de musique, de ses projets d’écriture, et il s’est lancé dans la rédaction de Timika, un « western papou ».
Cinq ans, deux séjours en Papouasie occidentale, quelques kilos en moins et 500 pages plus tard, son roman est publié chez Anacharsis, un éditeur qui rend hommage à un « barbare éclairé frotté de philosophie ».
Suite à cela Nicolas change de cap avec « Murmurations », un trio qui mêle poésie sonore, dessin et musique électro-acoustique. Nous collaborons à nouveau pour un numéro spécial de ma nouvelle revue (Demain les flammes) sur le thème  « langues et domination » puis il repart en voyage pour un autre roman dont il ne lâche pas grand chose. J'en saurai plus à son retour, j'espère...

Nathan Golshem

Catherine Vasseur

Crédit : DR

Catherine Vasseur, née à Brisbane en Australie en juillet 1963, est une traductrice expérimentée dans le domaine de l'art et de la littérature. Après des études de lettres puis de musicologie, elle obtient un doctorat en histoire de l'art. Pourtant, elle ne choisira pas la voie de l'enseignement et préférera s'ouvrir à d'autres formes d'art. Lorsqu'elle ne lit pas ou ne se penche pas sur une traduction, elle s'occupe à remplir de dessins les pages blanches de son carnet qui l'accompagne au quotidien. Mélomane, Catherine choisit de déchiffrer le mystère du piano qu'elle va pratiquer de longues années. Le langage entre les humains est ce qui l'intéresse le plus, c'est ce qui lui pose d’innombrables questionnements.
Encline à prêter l’oreille à toutes les langues - elle a chanté en italien, en allemand, en russe - elle circonscrit toutefois l’exercice de la traduction à l’espagnol et à l’anglais. Comme elle le dit elle-même, cette vocation lui est venue « par surprise. En lisant la traduction du XVIIIe siècle d'un texte de Baltasar Gracián (moraliste espagnol du XVIIe siècle) qui était en fait une paraphrase, j'ai décidé de le traduire - comme ça, pour voir, presque pour m'amuser. », et c'est en le travaillant deux années consécutives qu’elle s'est découvert un véritable et sincère intérêt pour la traduction.

Conversations imaginaires de Grecs et de Romains de Walter Savage Landor est un projet d'écriture qui a été confié à Catherine pour sa grande expérience dans ce domaine et pour son intérêt des textes anciens. L'œuvre  sera composée de plusieurs dialogues entre des grandes figures de l’Antiquité grecques et romaines. L'intérêt de créer ces conversations complètement imaginaires est de nous faire revenir aux sources de la rhétorique et de la dialectique occidentales. Ces entretiens reposent sur divers sujets comme la politique, l'esthétique, la religion, la philosophie, l'histoire… des thèmes qui restent d'actualité malgré la différence d'époque. Se pencher sur cette œuvre  du XIXe siècle donne la possibilité de déchiffrer, selon Catherine : « une double profondeur temporelle : celle de la langue du XIXe siècle de Landor, si vivante mais empreinte d’archaïsme et d'un substrat latin tout aristocratique, et celle du temps des débats et des querelles d'avant notre ère ». Les personnages s’écharpent et se titillent sur des sujets qui occupent toujours aujourd'hui. Catherine se prête à la parole de Walter Savage Landor qui a proposé des dialogues animés de beaucoup d'élégance et de rythme dans la langue sans que rien ne soit insaisissable ou métaphysique afin qu'ils puissent être lus à voix haute ou même joués. Cette œuvre anglaise traduite en français par Catherine sera publiée aux éditions Vagabonde.

Chloé Pollien, étudiante à l'Université Paul Valéry Montpellier 3

Ces portraits sont rédigés soit par des proches des auteurs, soit par les étudiants de la Licence 2 Lettres Modernes, Parcours Métiers de l'écrit et de la culture de l'Université Paul Valéry Montpellier 3. Merci aux contributeurs.

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