GIBAUDAN LUC

lucgibaudan [at] orange.fr
17 avenue Anatole France
34370 Cazouls-lès-Béziers
Activité(s)
Illustrateur-dessinateur
Ecrivain
Genre(s)
Poésie, théâtre
Livre jeunesse
Littérature
Conte
Animations(s)
Rencontres
Lecture
Biographie :
57 ans à la parution de cette page.
Plus de 45 consacrés à la vigne et son vin, mon métier….à l’écriture, presque autant.
Avant…l’enfance, nourrie de longitudes et latitudes exotiques : Afrique et Sud Amérique, mère sans doute de ma vision oblique du monde et pour certifier le fait d’être de Méditerranée. Accrocher mon écriture à la peinture de «L’école de Sète » et aux Fauves de Collioure. Ne jamais oublier la « géographie » de Fernand Braudel, mais par pudeur, éviter de citer Delteil, Giono, Reverdy, Rouquette…
Aujourd’hui, la joie d’un pied brisé (bien qu’il m’interdise le travail de ma terre…) qui oblige ma poésie et porte partout, sur toutes les scènes, dans chaque atelier, « le Mot » considéré et aimé.
Bibliographie non exhaustive :
Terre de rencontres, éd. du CRDP, 2013 (nouvelles).
Extrait :
Heureux….
….très heureux, l’imbécile qui est né à l’ombre du Taj Mahal, au pied de l’Everest ou du Kilimandjaro.
Heureux celui qui est né quelque part dans une chanson de Salvador entre Syracuse et Kerlouan, bercé par le tempo de l’extraordinaire richesse.
Des années durant (tant que mon corps me le permit), j’ai promené ma pioche sur le bord du Canal. J’y faisais croître des amandiers, de l’épeautre et du blé. Des vignes, j’en faisais du vin.
Je me souviens de journées d’Août ou d’Octobre où le paysan devenait maçon dérisoire dans cette immensité….pour remonter un mur de pierres sèches afin que passe la récolte d’olives.
Je me souviens des ornières qu’il a fallu reboucher après chaque tempête d’équinoxe, de chaque herbe enlevée à la houe au pied du cep.
Je me souviens de chaque fossé creusé et re-creusé pour faire fuir l’eau sans qu’elle n’emporte l’humus.
Je me souviens des arbres que j’ai taillé très haut, ceux que j’ai rajeunis.
A un mazet oublié, j’ai offert un arbre rond, à fruit, féminin. De l’autre côté de cette maison, à l’Ouest, le cyprès ne mourrait pas ; faire ça pour que parle encore le modeste édifice, pour qu’il nous parle de nous, de notre corps pour donner la vie, ce fruit mûr et rond….
….pour nous parler des légendes et des dieux, si loin, là-haut dans le ciel du cyprès.
Je me souviens avoir aimé ça.
Le soir venu, assis à l’ombre des platanes, j’ai vu passer un homme debout sur le pont de son bateau. Il glissait sur l’eau verte et contemplait l’horizon. Il n’y voyait aucun coup de pioche ni quelque coupe de sécateur. Les murettes y étaient solides, les mazets harmonieux. L’herbe ne poussait que dans les tallus.
Il savait une chose pourtant : qu’il était muet d’émotion pour un paysage que l’unesco avait pris soin de mettre sous cloche à jamais. Il passait au ralenti dans une image qui parlait de lui et du monde.
Assis dans l’ombre fraîche des platanes, je l’ai vu disparaître dans un méandre.
De son regard qui ne m’avait pas vu, de son silence et de sa lenteur, de cette rencontre il n’est resté qu’une phrase dans mon carnet de notes :
« je suis né ici… »
Localisation

43.39064, 3.09888