jean-Claude Carrière

Hommage à Jean-Claude Carrière

Jean-Claude Carrière s'est éteint le 8 février, à l'âge de 89 ans.

Publié le 09/02/2021
Occitanie

C'est avec tristesse que nous avons appris le décès du scénariste et écrivain Jean-Claude Carrière, originaire de l'Hérault.

Écrivain, conteur, scénariste, parolier, metteur en scène et occasionnellement acteur, Jean-Claude Carrière était un créateur multi-casquettes, avec une oeuvre littéraire riche et diversifiée de près de 80 ouvrages. Parolier pour Juliette Gréco ou Jeanne Moreau, il a collaboré avec Luis Buñuel, Volker Schlöndorff et Milos Forman comme scénariste ; avec Jean-Luc Barrault et Peter Brook comme dramaturge. 
 Il a créé et présidé l’Ecole nationale de Cinéma, la FEMIS. Il était également président du Printemps des Comédiens à Montpellier, membre du conseil d’administration du Musée Guimet à Paris et Officier de la Légion d’honneur. En 2017, la région Occitanie l'avait rencontré dans sa maison natale à Colombières-sur-Orb dans l’Hérault. L'occasion pour lui d'évoquer son attachement à cette région et à sa culture.

Plusieurs films de sa filmographie ont été tournés en région : Le Retour de Martin Guerre (de Daniel Vigne, 1982), Milou en mai (de Louis Malle, 1990), Cyrano de Bergerac (de Jean-Paul Rappeneau, 1990), Le Hussard sur le toit (de Jean-Paul Rappeneau, 1995) ou encore L'Artiste et son modèle (de Fernando Trueba, 2013).

Une après-midi à Colombières

Hommage à Jean-Claude Carrière par Patrice Cartier

C’était il y a quelques années.
Je m’étais rendu avec mon ami Michel Piquemal à Colombières-sur-Orb, au pied du Mont Caroux, pour apporter à Guy Bechtel les premiers exemplaires de son roman Le siècle de Tégédor, que nous venions de rééditer aux Éditions du Mont.
Nous avions prévu d’inviter Bechtel au restaurant et d’y convier aussi son complice et voisin Jean-Claude Carrière. Nous nous délections à l’avance des souvenirs que ne manqueraient pas d’échanger les deux écrivains, auteurs de plusieurs ouvrages en collaboration, dont le monumental Dictionnaire de la bêtise.
Mais Bechtel en décida autrement : « Non, je n’irai pas au restaurant avec Carrière. Il va parler tout le temps, et comme j’entends mal, dans le brouhaha du restaurant ça va m’agacer. Vous allez rester manger ici avec moi, puis vous irez prendre le café ou le digestif chez Carrière ».
C’est ce que nous avons fait. Chez Jean-Claude Carrière, attablés sur la terrasse de sa maison, nous avons bavardé longuement. À un moment, le regard de Carrière s’est posé sur une murette de pierres sèches ceinturant le parc. « Il y a longtemps, j’avais sympathisé avec une couleuvre, sourit-il. J’allais m’asseoir sur la murette et elle sortait d’un trou ou de derrière une pierre. Elle restait un moment près de moi, à se chauffer au soleil. Je lui avais même donné un nom… » J’ai oublié le nom donné par Carrière à la couleuvre, appelons-là Marguerite. Sa fin fut triste. Un jour Carrière vit un rapace plonger sur la murette et repartir dans le ciel, suivi d’une sorte de gros ruban qui gigotait. C’était la pauvre Marguerite.
Un peu plus tard, Carrière sort d’une boîte une poignée de vieilles photographies. Sur l’une d’elle, un beau jeune homme sur un cheval blanc, dans une rue de village. « C’était à Colombières, Jean-Claude ? » « Oui » « Et tu aimes toujours les chevaux ? » « Si j’aime les chevaux ? Mais je sais même les diriger ! Je dois être le seul écrivain vivant capable de labourer une vigne avec un cheval attelé d’une charrue ! »
Ainsi se passa l’après-midi.

Il y a dix ans, en 2011, Jean-Claude Carrière avait publié un livre dans lequel il prétend dialoguer avec son ami disparu Luis Buñuel, dont il a scénarisé les plus grands films.
« Notre vie s’achève-t-elle dès qu’on commence à la raconter ? » se demandait-il alors. Et de conclure : « Luttons sans fin contre le silence et la mort. Ne jamais avouer à qui que ce soit : mon histoire est finie. Ou alors, si elle est finie, la recommencer ».
Pour Jean-Claude Carrière, Buñuel n’était pas mort, puisqu’il continuait à lui parler, allant jusqu’à partager avec lui quelques tranches de jambon, arrosées d’un bon vin de rioja.
Désormais, c’est en sa compagnie que nous continuerons l’histoire. Et puisque le vieil écrivain citoyen du monde s’est, semble-t-il, absenté, c’est avec le jeune cavalier de Colombières que nous la recommencerons.