[Cinélatino] Les 10 ans du prix documentaire

Zoom sur le Prix Documentaire Cinélatino et ses dix primés.
© Ronald Curchod

Le Prix Documentaire Cinélatino, qu'est-ce que c'est ?

Le Prix Documentaire Cinélatino Rencontres de Toulouse est décerné par un jury composé de médiathécaires d'Occitanie et de professionnels du cinéma européen et latino-américain. Ce prix est né de l’attention particulière portée par la Bibliothèque de Toulouse et Occitanie Livre & Lecture à la production documentaire latino-américaine ces dernières années.

Certains des films primés ont été proposées à la Commission de Films Documentaires de l’association professionnelle Images en Bibliothèques et ont été soutenus et diffusés par les réseaux de la BPI (Bibliothèque Publique d’Information), du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée) et de l'ADAV (Ateliers Diffusion Audiovisuelle)

 

Le Prix Documentaire souffle ses bougies

En 2021, le prix documentaire a 10 ans ! L'occasion de revenir sur les films récompensés des dix dernières éditions.
 

2012 - Una vida sin palabras, Adam Isenberg

A LIFE WITHOUT WORDS | Turquie, Nicaragua | 2011 | 1h11 | Zela Film | Teaser


Une ferme au coeur des montagnes du Nicaragua. Dulce Maria et Francisco, la vingtaine, sourds et muets, aident leurs parents dans leurs travaux domestiques et agricoles. Entourés de l'affection de leurs parents et des villageois, ils n'ont jamais appris de code pour communiquer. Jusqu’au jour où arrive Tomasa, professeur sourde d'une langue des signes spécifiquement nicaraguayenne, inventée par des adolescents sourds et muets dans les années 1980. Elle sillonne les campagnes pour en transmettre les bases aux personnes sourdes et muettes, mais aussi à leur entourage. Chacun la reçoit différemment... Un film captivant à l'image magnifique, servie par des prises aux lumières et aux couleurs splendides. Cerise sur le gâteau de ce film peu banal, la bande-son est particulièrement soignée !


Membres du jury : Danielle Sanchez, Alexandra Lecourtois et Caroline Fontseré (médiathécaires, France), Paul Lacoste (réalisateur, France) et Ariagna Fajardo (réalisatrice, Cuba).

 

2013 - La eterna noche de las doce lunas, Priscila Padilla

L'ETERNELLE NUIT DES DOUZE LUNES | Colombie, Bolivie | 2012 | 1h29 | Doce Lunas Producciones, Banda Imagen | Teaser


La jeune Pili approche l’âge de la puberté. Suivant la tradition wayuu, elle reste cloîtrée pendant douze lunes, le temps d’apprendre à ne plus rire et devenir femme. Ce rituel est censé faire d’elle une épouse vertueuse, pour laquelle les hommes offriront d’importantes dots. Mais ce temps d’apprentissage et de réflexion permettra à la jeune fille de découvrir sa véritable voie. Un documentaire splendide et sensible qui, par le regard d’une fillette, nous mène au coeur de la communauté des femmes wayuu : ce qui aurait pu n'être qu'une simple ethnographie devient par la magie de la photographie un conte cinématographique sur l'universel labeur d'être femme. Sélectionné dans la section Génération de la Berlinale 2013 dévolue à la jeunesse. 
 

 

2014 - La muerte de Jaime Roldós, Lisandra I. Rivera et Manolo Sarmiento

 

Film soutenu

LA MORT DE JAIME ROLDÓS | Equateur, Argentine | 2013 | 2h05 | La Maquinita | Teaser


Fruit de sept ans de recherches, ce film retrace la brève et dense présidence de Jaime Roldós brutalement interrompue par sa mort violente dans un crash aérien. Premier président élu démocratiquement, Roldós chercha à faire abstraction de la pression que les dictatures sud-américaines, guidées par les États-Unis, lui infligèrent afin d’exclure en Équateur, comme dans le reste de l’Amérique, tout tentative progressiste qui aurait pu contrecarrer les intérêts des oligarchies américaines. La documentation, qui replace subtilement les faits dans leur contexte politique continental et mondial, est remarquablement éclairante. La question des rapports humains dans le déroulé des événements est abordée avec une grande délicatesse, notamment à travers les positionnements très différents des trois enfants de Roldós. Cet excellent et beau film politique a provoqué en Équateur de multiples réactions, de la réclamation judiciaire au refus de le projeter.


Membres du jury : Magali Jazédé (Médiathèque départementale des Hautes-Pyrénées), Christine Puig (Bibliothèque de Toulouse) et Sophie Alaux (Bibliothèque municipale de Cahors).

 

2014 - El grill de Cesar, Darío Aguirre

 

Film soutenu

LE GRILL DE CESAR | Equateur, Suisse, Allemagne | 2013 | 1h28 | Filmtank | Teaser


Nous avions déjà aimé l’autobiographe Darío, sur la route de ses doubles, dans son précédent documentaire Five ways to Darío. Cette fois, c’est dans sa quête de l’amour paternel qu’il nous conduit. De retour chez ses parents, après quelques années passées en Europe, il souhaite les aider à relancer les affaires familiales, auxquelles il avait délibérément tourné le dos. Il devient le principal appui de son père, Cesar, dans son restaurant-grill d’un quartier populaire. Le tour de force du réalisateur est de nous faire palpiter pour son destin ordinaire en suscitant le rire au moment où on s’y attend le moins. Un très grand sens de la narration et donc du montage permet à Darío Aguirre de conduire l’intrigue tout en favorisant l’introspection... la sienne et celle du spectateur. Le caractère drolatique du personnage et de la réalisation permettent d’être touché tout en gardant toujours le sens de l’absurde. Y compris quand Darío se transforme en bête de scène...


Membres du jury : Magali Jazédé (Médiathèque départementale des Hautes-Pyrénées), Christine Puig (Bibliothèque de Toulouse) et Sophie Alaux (Bibliothèque municipale de Cahors).

 

2015 - Tudo vai ficar da cor que você quiser, Letícia Simões

TOUT SERA DE LA COULEUR QUE TU PREFERES | Brésil | 2014 | 1h11 | Artezanato Eletrônico | Teaser


Avec Rodrigo de Souza Leão, « ça déméninge ». Mort en 2009, le poète fut aussi peintre et musicien, défricheur de musique et vidéo électroniques. Il vécut dans l’entremêlement de son art et de sa maladie. Artiste total et schizophrène, perclus du sentiment de solitude, Rodrigo a laissé une oeuvre colorée et éclectique. Très original et souvent drôle, le film frise avec la fiction en donnant la part belle à l’expression de l’artiste. Il analyse en profondeur la littérature et l’art, l’imitation ou l’inspiration, la tendresse et la folie, la peur et le courage de cet artiste convaincu d’être cloisonné et pourtant si immensément libre. Chaque image est traitée pour restituer une vie pleine d’artifices et d’étrangeté et donner une forme visuelle à de très beaux poèmes qui interrogent l’écriture et l’expression, le besoin de repousser les limites, toutes les limites.


Membres du jury : Martine Itier-Coeur (Bibliothèque de Toulouse), Pierre Girma (Médiathèque de Muret) et Jean-Luc Gabenisch (BU Université Toulouse Jean Jaurès).

 

2016 - El legado, Roberto Anjari-Rossi

L'HERITAGE | Chili, Allemagne | 2015 | 1h22 | DFFB | Teaser


Dans un lieu simple et semi-rural, le double portrait d’une jeune fille et de sa grand-mère qui l’a élevée. La jeune fille, mécanicienne de son état, cherche du travail, et sa grand-mère, qui égrène des souvenirs avec humour, souhaite que sa petite-fille vive mieux que bien des jeunes du quartier, mères seules et abandonnées. La relation familiale est tendre, parfois drôle. La vie matérielle, dans ce milieu très modeste, tient avec des bouts de ficelle, ça bricole et ça rit beaucoup. Une très belle image, intimiste, qui dessine peu à peu une société avec ses croyances, ses limites très étroites et les rôles que vivent hommes et femmes : rôles théoriques assignés et réalités de la vie ; envies de vivre et bornes certes imposées par le monde, mais aussi par soi, pour préserver un espace de liberté.


Membres du jury : Florence BARTHÉLÉMY médiathèque Luc La Primaube, Aveyron, Émilie CHARRIER (Bibliothèque de Toulouse) et Jean-Baptiste MerceyERCEY (Médiathèque départementale de l'Aveyron).


Mention spéciale au film Juanicas de Karina García Casanova
Mexique, Canada | 2015 | 1h18 | Eyesteelfilm

 

2017 - Jericó el infinito vuelo de los días, Catalina Mesa

 

Film soutenu

JERICÓ LE VOL INFINI DES JOURS | Colombie | 2016 | 1h18 | Arizona Films, Upside Distribution | Teaser


Dans le splendide village de Jericó au coeur de la Vallée du café, de vieilles dames, souvent pleines d’allégresse et toujours battantes, content leurs histoires d’amour et de famille, rêves réalisés ou inaccomplis de filles et de femmes, espoirs et déboires de mères et de compagnes. En remontant les pentes du village, les souvenirs, joyeux ou tristes, sont égrenés avec humour et un sens du décalage qui semblent caractériser les habitantes du lieu. Personnages hauts en couleur, à la personnalité forte et sensible, ces femmes irradient l’écran de leur rire et de leur mélancolie. Partie pour recueillir le portrait de sa grand-tante, la réalisatrice a su capter la confiance des autres villageoises et nous transporter dans les arcanes de leurs pensées. Au cœur de leur univers domestique chatoyant et bariolé, chacune démêle le sens de sa vie.


Membres du jury : Karine de la Fuente (Bibliothèque de Fenouillet, Haute-Garonne), Marie-Noëlle Monserié (Médiathèque départementale de la Haute-Garonne) et Claude Maya (Bibliothèque de Toulouse).

 

2018 - A morir a los desiertos, Marta Ferrer Carné

ALLER MOURIR DANS LES DÉSERTS | Mexique | 2017 | 1h25 | IMCINE | Teaser


Le chant cardenche est apparu au XIXe siècle dans les grandes propriétés productrices de coton de l'État de Durango au nord du Mexique. Aujourd'hui, les vieux cardencheros transmettent leur tradition à des jeunes dont la vie, certe différente, n'est guère plus enviable que la leur. En s'arrêtant à Sapioriz, où réside le dernier groupe cardenchero, Marta Ferrer propose un voyage sonore d'une exceptionnelle qualité, soutenu par une lumière naturelle qui rend les paysages et leurs habitants éblouissants. Le temps semble s’être arrêté et le quotidien est rythmé par le seul passage du train. À travers ses plans de paysages intemporels, soumis tantôt à la chaleur, tantôt au vent violent, la réalisatrice laisse toute la magie de la poésie du chant cardenche nous envahir.


Membres du jury : Annabelle Auriach (Médiathèque départementale du Gers), Violaine Carrique (Bibliothèque de Toulouse) et Fredy Dupuis (Médiathèque d'Albi-Centre Pierre Amalric).


Mention spéciale au film Robar a rodin de Cristóbal Valenzuela Berríos
Chili, France | 2017 | 1h20 | Maria Una Vez

 

2019 - Cuando cierro los ojos, Sergio Blanco et Michelle Ibaven

QUAND JE FERME MES YEUX | Mexique | 2019 | 1h03 | IMCINE | Teaser


Adela et Marcelino sont indigènes et mexicains. Ils ont été emprisonnés arbitrairement, accusés d’un meurtre qu’ils n’ont pas commis. Ils sont dans l’impossibilité de se défendre et de prouver leur innocence car ils ne comprennent pas l’espagnol et sont privés d’interprète. Ils témoignent hors champ sur fond d’images de leur quotidien. Tous deux n’ont que leur mémoire pour résister et leurs pensées vont vers ceux qu’ils aiment pour continuer à vivre. Des gens doux, discrets, qui peu à peu égrènent leur terrible réalité et confient, au détour d’un souvenir, les horizons dont ils rêvent.


Membres du jury : Muriel Lazzarrotto (Bibliothèque de Toulouse), Séverine NaudiI (Bibliothèque de Blagnac Odyssud) et Violaine Vignon (Médiathèque de Labruguière).

 

2020 - Mapa de sueños latinoamericanos, Martín Weber

CARTE DE RÊVES LATINO-AMÉRICAINS | Argentine, Cuba, États-Unis, Mexique, Norvège | 2019 | 1h31 | Martín Weber Studio, Maravilla Cine, Ciencine | Teaser


Tout est parti d’un projet photographique de l’artiste argentin Martín Weber qui a sillonné l’Amérique latine de 1992 à 2013 en demandant aux personnes rencontrées d’écrire leur rêve sur un petit tableau noir avant de réaliser leur portrait. Le résultat est une très belle série de photos en noir et blanc, poétiques mais bien ancrées dans la réalité. Des années après, le photographe part sur les traces de ceux qui avaient posé pour lui et confronte leurs rêves d'alors à leur vie d'aujourd'hui. Un film magnifique, fort, émouvant, qui, au-delà des histoires individuelles, dresse une cartographie du continent des vingt dernières années, traversé par ses problématiques économiques, sociales et géopolitiques.


Membres du jury : Joëlle Cammas (Bibliothèque de Toulouse), Jérôme Lerot (Médiathèque de Serveyrolles) et Hugo Thiry (Bibliothèque Musicothèque Grand Auch Coeur de Gascogne).

 

2021 - Apenas el sol, Arami Ullón

RIEN QUE LE SOLEIL | Paraguay, Suisse | 2020 | 1h15 | Cineworx Filmproduktion GmbH, Arami Ullón Cine | Teaser


Le mode de vie et les croyances des Ayoreo ont été balayés par l'évangélisation qui les a forcés à quitter le nomadisme et la forêt pour les campements. Depuis les années 1970, Mateo Sobode Chiqueno, un vieil homme entre deux mondes, enregistre sur cassettes audio les chants ancestraux et récits de son peuple, notamment ceux de la “chasse à l'Indien”, dans une tentative de sauvegarder des traces d’une culture en train de disparaître. Apenas el sol, projeté en ouverture de l’IDFA, explore, de manière poétique et sobre, la notion d’identité et le sens d’appartenance. Un point de vue rare sur une histoire terrible, officiellement passée sous silence, et sur le phénomène d'acculturation forcée.


Membres du jury : Harry Bos (Programmateur, BPI - Centre Pompidou, France), Soumaïla Koly (Médiathèque de Lodève), Anne Rosenblatt (Médiathèque José Cabanis), Dominique Rousselet (Bibliothèque du Carré d’art à Nîmes) et Lorena Zilleruelo (Réalisatrice, Chili).

 


 

Ronald Curchod

L'artiste Ronald Curchod est à la fois graphiste, peintre et illustrateur. Depuis plusieurs années, ses affiches sont sélectionnées dans les grandes manifestations internationales et sont également choisies pour illustrer l'annonce de Cinélatino Rencontres de Toulouse.

Jusqu'au 24 avril 2021, la bibliothèque Carré d’Art-Jean Bousquet, à Nîmes, accueille sur le Mur Etudes et dans l’Atrium une exposition d’affiches et d’originaux de l'artiste.

> Pour (re)découvrir et explorer son travail, visitez son site internet.