Les vendredis de l'édition : sun/sun

Huit médiathèques départementales d'Occitanie s'associent pour vous faire découvrir huit éditeurs indépendants de la région, un vendredi par mois, de 11h à 12h, en visioconférence.
Le 22 octobre, la médiathèque départementale de l'Aveyron vous propose un focus sur l'édition de livres de photos avec les éditions Lamaindonne et Sun/sun.

Publié le 30/09/2021

Dans la famille des 700… je demande les livres de photos !
Les livres d’art et plus spécifiquement les livres qui mettent en avant les artistes photographes sont rarement visibles en bibliothèque. En Occitanie, nous avons la chance d’avoir deux maisons d’édition (Lamaindonne et Sun | Sun) qui développent des lignes éditoriales singulières et un propos sur l’importance de l’écriture photographique. Profitons-en !  Et découvrons leurs livres et leurs goûts du partage pour nous questionner sur la place de ces livres dans les bibliothèques et leur médiation auprès de nos publics.

Isabelle Hochart, chargée de l’action culturelle, Médiathèque départementale de l'Aveyron.

Quelques questions à Céline Pévrier, éditrice de sun/sun

Pourquoi êtes-vous devenue éditrice ? 

Céline Pévrier : Je ne me souviens pas vraiment. Je n'ai pas décidé mais plutôt réalisé au bout de quelques années que j'aimais voir les récits prendre corps, dans l'ombre, en amont, en discussion avec les auteurs et en recherche de « traduction » de matérialité. D'abord avec le collectif Argos en 2005 sur le projet Réfugiés climatiques, puis avec la revue de photographie Zmâla ou encore le Chant du Monstre, revue de création littéraire et de curiosité graphique. J'ai toujours regretté de ne pas faire un métier « utile », prendre soin des autres, de la terre, faire une activité plus manuelle. Puis sun/sun a été créé en 2015 et avec le temps, je me suis rendu compte que prendre soin des récits et concourir à leur existence physique c'était déjà quelque chose. Que nous traversons une époque bien sombre où le pouvoir du récit et de la fiction sont plus que jamais une des clefs pour imaginer d'autres futurs que ceux qui nous sont proposés. Le fait de s'attacher à faire du livre papier parle aussi d'un rapport au monde charnel, qui passe par la rencontre, la circulation, les métamorphoses. 

Quel serait le livre que vous avez édité et qui a tout changé pour vous ?

CP : Tous les livres cachent des histoires de conception frappantes. Mais c'est sans doute Noces ou les confins sauvages d'Hélène David qui a signé une direction : celle de penser le lien du fond et de la forme, de suivre ses intuitions, de réfléchir à la matière et à sa traduction en livre. La fabrication de Noces a été épique pour pister les matières et techniques qui nous semblaient faire sens. En résulte un livre sobre qui se distingue par des images questionnant les porosités dans le monde du vivant et dont la réalisation l'illustre avec des gaufrages jouant avec l'épaisseur du papier et rappelant la notion de trace, de fossile, d'empreinte et un papier japonais tout en coton qui dès sa prise en main ouvre d'autres perceptions et place l'objet livre dans une relation, de fait, sensuelle. 

Quel message souhaitez-vous défendre ?

CP : « La direction que l'on prend est une signature » me disait mon ami et camarade d'édition Éric Guglielmi. Parti un peu trop tôt cet été, ses mots continuent de m'éclairer et d'aiguiser mes choix. Il n'est pas question juste de dire ou d'avoir une posture mais de voir une démarche dans son ensemble. En ce qui concerne l'édition, cela revient à dire que l'histoire et l'objet auxquels on aboutit, le livre, sont aussi importants que la manière dont il est conçu. Les étapes franchies, les questionnements, les angles saillants, la confiance que se font l'auteur, l'éditeur, le graphiste et de manière générale tous les autres collaborateurs abondent dans la vie d'un ouvrage et dans sa vitalité, c'est comme un écosystème. Quand un livre voit le jour, il faut qu'il ait vraiment quelque chose à proposer, que ce ne soit pas un simple outil de communication supplémentaire. 

Votre actualité du moment ?

CP : La sortie de deux ouvrages quasi simultanément qui se font l'écho de nombreuses mutations sociales et environnementales que nous vivons actuellement. 

The Eclipse de Stéphane Charpentier, présente des photographies et des transcriptions de dialogues collectés en Grèce entre 2012 et 2021 qui témoignent d'un moment intense de notre histoire contemporaine. Sur fond de crise économique et de remous politique, se superposent ces témoignages existentiels captés dans la réalité quotidienne.

Dysnomia d'Alexandre Dupeyron, où se tutoient deux mondes : celui du vivant, aux formes irrégulières, laissant apparaître des visages au creux des arbres, où d'une forme naît un mouvement, une éclosion et celui qui bascule vers l'aliénation de l'homme, enfermé, ce monde vivant devenant trop petit pour lui. Le livre est monté comme une partition de musique où chaque photo est une note. La reliure japonaise permet par sa matérialité de lier les pages rectos et les pages versos dans une une continuité qui rappelle celle de la bobine de film. 

> Pour découvrir les éditions sun/sun

> Découvrir l'interview de David Fourré, éditeur de Lamaindonne 

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Ne manquez pas les autres rencontres des vendredis de l'édition en médiathèque !