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Les vendredis de l'édition : Ici-Bas

Dix médiathèques départementales d'Occitanie s'associent pour vous faire découvrir les éditeurs indépendants de la région, un vendredi par mois, de 11h à 12h, en visioconférence.
Le 13 janvier 2023, la médiathèque départementale de Haute-Garonne vous propose de découvrir la maison d'édition Ici-bas.

Publié le 14/11/2022

Pourquoi êtes-vous devenus éditeurs ?

Tout a commencé en 2011, avec la création du Collectif des Métiers de l’Édition (CMDE) qui avait alors pour vocation de décloisonner les métiers de l’édition par la pratique d’un travail collectif impliquant pour chaque ouvrage l’ensemble des métiers de la chaîne du livre de façon horizontale. Au premier plan se trouvait également la mise en commun des savoirs et des savoir-faire des membres, qui, s’ils n’avaient pas réalisé de parcours d’étude dans le domaine de l’édition, étaient liés au monde du livre par la traduction, le graphisme et la micro-édition, notamment.
Le sens résidait alors principalement dans le fonctionnement collectif et ce défi passionnant à relever : expérimenter la fabrique collective d’ouvrages en tant que non « spécialistes » de l’édition, valoriser à parts égales l’ensemble des métiers de l’édition en élargissant la notion d’auteur, et apporter un soin particulier à l’objet livre. Tout ceci, dans l’optique de professionnalisation qui s’est rapidement concrétisée : étoffement du catalogue dans les trois collections (environ 6 sorties par an), travail avec le diffuseur Hobo diffusion, visibilité croissante auprès des libraires, du public et des organismes de soutien à l’édition.
En 2019, le CMDE devient les éditions Ici-bas, dont les mêmes membres affirment et affinent la ligne éditoriale qui les anime depuis toujours : la publication de textes, de livres graphiques ou de films qui, par leur mise en récit d’une analyse située, entendent contribuer à penser le monde qui nous entoure, ici, maintenant, là-bas, hier.
Ici-bas s’est spécialisé dans la publication de récits incarnés issus de l’expérience directe, que ce soit à travers les essais de la collection « Les Réveilleurs de la nuit » où priment toujours les dimensions politique, sociale, et critique (témoignages, enquêtes, journalisme littéraire, histoire orale, récits à portée autobiographique) ou les romans graphiques de la récente et prolifique collection « Le tambour du fou ».

Le livre que vous avez édité et qui a tout changé pour vous ?

Difficile de pointer un seul ouvrage car tous s’ancrent dans une rencontre, un coup de cœur. Mais il est un de nos essais qui a beaucoup fait avancer nos réflexions quant aux orientations éditoriales que nous souhaitions défendre et approfondir : L’évasion d’un guérilléro. Écrire la violence, de John Gibler (2021), qui soulève une puissante réflexion sur le lien entre écriture et violence.
Fidèle à sa posture journalistique marquée par la réflexivité et l'horizontalité dans le rapport à l'enquêté, John Gibler livre ici le témoignage poignant d’un guérillero nahualt évadé d’une prison clandestine au Mexique, et revisite ainsi la thématique de la violence systémique dans ce pays, tout en convoquant des axes plus universels comme l'écriture, la violence et le colonialisme, qui suscitent des échos directs avec notre histoire et notre actualité.
Son invitation à « décoloniser l'écriture », ou encore à « écrire en écoutant » - en restaurant la relation essentielle entre l'oral et l'écrit, l’écriture imprimée et le témoignage, trop souvent cloisonnés – nous a guidés dans nos recherches et sélection d’autres ouvrages. L’éthique d’écriture/ journalistique présente eu creux dans chacun de ses ouvrages (Mourir au Mexique, 2015, Rendez-les-nous vivants, 2017) est pour nous des plus inspirantes.

Le message que vous souhaitez faire passer / que vous souhaitez défendre.

À travers la publication de récits incarnés (que ce soit dans leur forme d’essai, de témoignage, journalistique, ou graphique), nous souhaitons défendre l’idée que ce sont celles et ceux qui font l'histoire qui sont le mieux à même de la raconter, de la mettre en récit. Nous souhaitons mettre en avant une tradition historiographique encore timide en France, celle de l’histoire orale, de l’histoire « par en bas ».
Mais écouter ne suffit pas, il faut aussi voir. Dessinateurs, graveurs, illustrateurs, se font souvent les témoins directs de l’Histoire et des processus sociaux. Des récits graphiques inédits font l’objet d’une rigoureuse sélection et sont mis à l’honneur dans la collection « Le tambour du fou », qui convoque différentes traditions et expressions contemporaines des narrations graphiques et de l'art séquentiel à visée de critique sociale.
Nous souhaitons enfin créer des échos, au sein de notre catalogue, entre ces différentes formes de mises en récit situées.

Votre actualité ?

Notre toute dernière parution, Dans la nuit, d’Erich Glas (octobre 2022) s’inscrit dans la lignée graphique amorcée à Ici-bas depuis 2020, et ouvre une fenêtre inédite sur le cauchemar de l’Holocauste.
À l’hiver 1942, brûlant de fièvre dans son sommeil, Erich Glas a des visions d’horreur : des tueries de masse et une terreur se répandent en Europe. Encore sous le choc, il commence à graver, en noir et blanc, une histoire où s’affrontent peur et courage, espoir et désespoir.
L’artiste, qui avait quitté l’Allemagne en 1934 pour s’installer en Palestine, s’affirmait avec ces 28 linogravures comme un des pionniers du roman graphique sans paroles, dans la lignée de Frans Masereel, Lynd Ward ou encore Otto Nückel. Il y représentait ce que personne ne souhaitait voir alors.

 

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